L’Argentine
de Javier Milei

L’Argentine
de Javier Milei

JEAN-SIMON GAGNÉ
jsgagne@lesoleil.com

Depuis deux ans, l’Argentine vit au rythme d’un président aux manières de savant fou. Surnommé le «lion», «le candidat à la scie à chaîne» ou simplement le «fou», Javier Milei soumet l’économie du pays à une «thérapie-choc». Il passe l’État à la moulinette. Il réduit les dépenses de manière impitoyable. Au risque de tout casser. Les Coops de l’information se sont rendues en Argentine pour prendre le pouls d’une société en détresse.

Au centre de la capitale Buenos Aires, les conteneurs à déchets de la rue Chacabuco racontent la chute de l’Argentine. Selon l’heure du jour ou de la nuit, ils attirent une faune très variable.

Durant l’avant-midi, l’endroit est animé. Des gens du quartier déposent leurs rebuts avant d’aller au travail. D’autres regardent dans les bennes pour trouver des contenants consignés. Méthodiques, ils écrasent les cannettes avant de les entasser dans leur sac à bandoulière.

En après-midi, le défilé continue. Des promeneurs jettent discrètement un coup d’œil à l’intérieur. Juste au cas où ils apercevraient quelque chose d’intéressant. Un objet «revendable».

Parfois, une famille au complet s’affaire autour des conteneurs. Les parents aident les enfants à fouiller à l’intérieur. Les jours de chance, ils en ressortent avec un chandail troué ou un vieux sac d’école. À moins qu’ils ne trouvent un jouet cassé. Le trésor ultime.

En fin de soirée, l’ambiance s’alourdit. Il ne reste plus grand-chose à récupérer. La «clientèle» s’impatiente. Des junkies se chamaillent pour une bouteille. À l’occasion, les conteneurs se transforment en refuge pour passer la nuit.

La ville a installé des affiches pour déconseiller aux gens d’entrer dans le conteneur. (1) «Danger. Ne pas entrer.» Sur certains conteneurs modernes, le couvercle fonctionne comme un tiroir. Des gens peuvent rester coincés à l’intérieur…

Les conteneurs à déchets de la rue Chacabuco. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Les conteneurs à déchets de la rue Chacabuco. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

La grande purge

Autant vous prévenir. L’Argentine peut vous briser le cœur. Depuis deux ans, le président Javier Milei impose une cure d’austérité sans précédent au pays de 46 millions d'habitants. Il n’est pas question de simples coupes budgétaires. Plutôt d’une purge. «L’État n’est pas la solution. L’État est le problème», répète sans relâche le président.

RÉDUCTION DU BUDGET DE L'ÉTAT

63 000

Le président a dévalué de moitié le peso, la monnaie nationale. Il a congédié 63 000 employés du secteur public. Il a éliminé 10 ministères, incluant celui de l’Environnement, devenu un sous-secrétariat parmi tant d’autres. Il a réduit le budget de l’État fédéral de 30%. (2)

COUPURES DANS DIVERS PROGRAMMES

12,8 G$

Pas moins de 12,8 milliards $ ont été coupés dans les divers programmes d’assistance, incluant les soupes populaires. La durée de la journée de travail est passée de huit à 12 heures*. (3) Le droit de grève a été sévèrement réduit.

* La durée de la semaine de travail est fixée à 48 heures.

RÉDUCTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS

86%

Les investissements publics ont été réduits de 86%. La plupart des réparations sont remises aux calendes grecques. Tant pis s’il manque des fenêtres sur certains trains de banlieue. Dans le nord-ouest du pays, l’autoroute qui conduit vers les Andes semble avoir été bombardée. Parfois, une portion entière s’est affaissée! À charge pour les conducteurs de l’apercevoir avant qu’il ne soit trop tard...

RÉDUCTION DU BUDGET DU SYSTÈME DE GESTION DES FEUX

81%

Le remède est-il pire que le mal? En février, de grands feux ont éclaté en Patagonie, au sud du pays. Ô surprise, les pompiers étaient débordés. Dépassés. Oups! On a soudain réalisé que le budget du système de gestion des feux avait été réduit de 81%! (4)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Maxi Jonas/Archives AP)

(Maxi Jonas/Archives AP)

Au cœur de la capitale argentine, le siège du Congrès est le théâtre de manifestations quasi permanentes. Pour éviter les débordements, les manifestants sont confinés à l’intérieur d’une zone ceinturée de grandes barrières de métal. Sur la banderole, on peut lire: «Il n'y a pas assez d'eau, mais il y a trop de voleurs».

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Au début de l’année 2026, de grands feux de forêt ont éclaté en Patagonie. La réduction de 81% du budget national de gestion des incendies compliquait les choses. Même la disponibilité des bombardiers d’eau avait été réduite…

(Maxi Jonas/Archives AP)

(Maxi Jonas/Archives AP)


L'Argentine en 10 dates

24 MARS

1976

Coup d’État militaire mené par le général Jorge Rafael Videla.

30 AVRIL

1977

Première marche des mères de la Place de Mai, à Buenos Aires. Elles protestent contre la disparition de leurs enfants. En tout, jusqu’à 30 000 personnes auraient disparues durant la dictature militaire.

2 AVRIL

1982

L’Argentine envahit l’archipel des Malouines, occupé par l’Angleterre depuis 1832. La guerre éclate entre l’Argentine et l’Angleterre. Les troupes argentines devront capituler au bout de 74 jours.

30 OCTOBRE

1983

Retour de la démocratie. Les premières élections libres voient l’élection du président Raul Alfonsin avec 52% des suffrages.

JUILLET

1989

Le taux d’inflation atteint 197% par mois. Ce qui signifie que les prix ont triplé au cours du mois. Sur une période d’un an, en 1989-1990, le taux d’inflation tourne autour de 3000%.

26 MARS

1991

L’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay se regroupent dans le Mercosur, le marché commun du Cône Sud.

19 DÉCEMBRE

2001

Début de violentes manifestations à travers le pays. Crise économique et sociale. Quatre présidents se succèdent en 10 jours. Le pays n’est plus en mesure de payer sa dette de 132 milliards $.

22 MAI

2020

En pleine crise de la COVID-19, l’Argentine fait défaut de paiement sur sa dette. C’est la neuvième fois de son histoire. Un record mondial.

6 DÉCEMBRE

2022

Condamnation de l’ancienne présidente argentine Cristina Kirchner à six ans de prison pour fraude et corruption durant ses deux mandats à la présidence (2007 à 2015). Depuis, elle se trouve en résidence surveillée.

19 NOVEMBRE

2023

Élection de Javier Milei à la présidence, avec 55,7% des suffrages.

Photo tirées de Wikimedia commons

«Pourquoi pas un fou?»

Retour en arrière. À la veille des élections de 2023, beaucoup d’électeurs se disent prêts à tout pour se débarrasser de la clique qui gouverne le pays depuis des décennies. Plus de la moitié de la population se trouve sous le seuil de la pauvreté. L’inflation atteint 25% par mois. En route pour un taux annuel de 211%! (5) Avec des prix qui triplent en l’espace d’un an!

Dans les épiceries, les remarcadores — les employés chargés de réétiqueter les produits — changent parfois les prix pendant que les clients font leurs emplettes. Vous avez oublié de prendre une pinte de lait? Le temps de revenir sur vos pas, l’étiqueteur a peut-être modifié l’étiquette. À la hausse, bien entendu!!

Le candidat Javier Milei se distingue des autres. Il pousse des hurlements de coyote. Il agite une scie à chaîne géante dans tous les sens. Il promet un virage radical. Une révolution. Il veut même légaliser la vente d’organes humains!

Javier Milei annonce la fin de l’Argentine corrompue! Il en veut au monde entier. Il a traité le défunt pape François de «gauchiste malpropre». (6) Ses discours se terminent par un retentissant «Vive la liberté, bordel!» [Viva la libertad, carajo!]

«Depuis 50 ans, nous avons tout essayé, se disent beaucoup d’Argentins. La gauche. La droite. La dictature militaire. Alors pourquoi pas un fou?»

Passer le pays à la scie à chaîne

Deux ans et demi plus tard, l’inflation est passée de 211% à 32%. L’État affiche un léger surplus. La croissance repart à la hausse, dopée par le boom du pétrole de schiste et les investissements dans les mines de cuivre et de lithium. (7)

Depuis le mois d'avril, une nouvelle loi assouplit la protection des glaciers des Andes. Une manière de favoriser l’extraction minière dans des zones ultra-sensibles. Plus de 850 000 Argentins ont signé une pétition pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une menace pour l’approvisionnement en eau de millions de personnes. «Des glaciers à l’abri des mines géantes», peut-on lire sur l’affiche. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Depuis le mois d'avril, une nouvelle loi assouplit la protection des glaciers des Andes. Une manière de favoriser l’extraction minière dans des zones ultra-sensibles. Plus de 850 000 Argentins ont signé une pétition pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une menace pour l’approvisionnement en eau de millions de personnes. «Des glaciers à l’abri des mines géantes», peut-on lire sur l’affiche. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

La thérapie choc du président Javier Milei donne des résultats encourageants. Mais à quel prix? 18 000 commerces ont fermé. 2000 usines ont mis la clé sous la porte. 300 000 emplois ont disparu.

En moyenne, les salaires ont baissé de 9%. L’inflation dévore le pouvoir d’achat. 82% des gens achètent moins de nourriture. La moitié n’arrivent plus à payer leurs dettes... (8)

«La classe moyenne est à genoux, confie une professionnelle sous contrat avec le gouvernement. Au début, on se privait de choses non essentielles, comme le cinéma [...]. Puis, on a dû réduire l’épicerie. Aujourd’hui, beaucoup de gens sautent des repas pour économiser.»

Les larmes aux yeux, la dame avoue qu’elle a voté Milei en 2023. «Même moi, j’ai voté pour lui, explique-t-elle. Pour débarrasser le pays des voleurs. Mais personne ne se doutait qu’il pousserait les choses aussi loin.»

Aujourd’hui, beaucoup de retraités doivent survivre avec une rente de 350$ par mois. Et quand les élus du Congrès ont voulu leur octroyer une augmentation d’urgence de 8%, le président a utilisé son veto pour la bloquer. (9)

Une nouvelle expression est née. «Je me suis fait passer à la scie à chaîne», disent les Argentins qui ont tout perdu.

«Je suis le roi et je vais vous détruire!»

Pendant que l’Argentine se fait passer à la scie à chaîne, le président Milei devient une célébrité. Sa scie à chaîne géante fait le tour du monde. Il en a même donné une réplique à Elon Musk, en 2025.

Javier Milei a un sens inné du spectacle. Il imite souvent le regard halluciné d’Alex, le personnage psychotique du film Orange mécanique. Il aime aussi évoquer le souvenir de son chien Conan, mort en 2017. (10) Il prétend même communiquer avec lui par télépathie!

La revue Time a consacré Milei comme «le chef d’État le plus excentrique du monde». Un honneur pour celui qui a commencé sa carrière dans un groupe hommage aux Rolling Stones. Sa chanson préférée? Rip this Joint. Traduction libre? «Mettons le feu à cet endroit!»

Économiste de profession, Milei revient parfois à ses amours rock. L’an dernier, à l’occasion de la sortie d’un livre, il a donné un spectacle mémorable. Pour l’occasion, il a interprété une version revue et corrigée de la chanson Panic Show, du groupe La Renga.

Sur la scène, Milei s’est vanté de «manger les élites au déjeuner». «Je suis le roi d’un monde disparu! Je suis le roi et je vais vous détruire», rugissait-il. (11)

Le chouchou de Donald Trump

Le phénomène Milei n’a pas échappé à Donald Trump. L’Argentin est vite devenu le chouchou du président américain. Son homme de confiance en Amérique latine.

Les deux copains sont faits pour s’entendre. Combien de fois se sont-ils rencontrés? Douze? Treize? Peu importe. Quand on aime, on ne compte pas.

Le grand frère Trump veille sur son turbulent petit frère. L’automne dernier, il se trouvait en perte de vitesse. Confronté à des élections de la mi-mandat difficiles. Avec une monnaie nationale qui menaçait de s’effondrer…

Pas grave. L’ami Donald est venu à la rescousse. Il a fourni 20 milliards $ en garantie pour soutenir le peso argentin. (12) Il a aussi précisé que l’aide des États-Unis était conditionnelle à la victoire de son «poulain» Milei.

— S’il remporte les élections, nous restons à vos côtés, a expliqué Trump. S’il ne gagne pas, nous sommes partis. En fait, s’il perd, nous ne serons plus généreux avec l’Argentine. (13)

À la fin, le parti de Javier Milei, la Libertad Avanza (LLA) a remporté la moitié des sièges à pourvoir.

Reconnaissant, le président argentin a résumé sa vision du nouvel ordre mondial. «En ce moment, il existe deux politiciens réellement pertinents sur la Terre, a-t-il expliqué. Le premier s’appelle Donald Trump. Et le second, c’est moi.»

Une loi contre les loups-garous?

C’est entendu. Pour justifier la croisade contre l’État, Javier Milei a beau jeu de brandir des exemples de gaspillage spectaculaires.

Dans la fonction publique, des milliers de fonctionnaires encaissaient leur paye sans travailler. On les surnommait les «gnocchis», du nom du plat de pâtes qu’ils venaient déguster une fois par mois avec leurs collègues. En général, le jour où l’État émettait leur chèque de paye!

Depuis des décennies, l’État argentin accumulait aussi les lois archaïques. Plusieurs taxes pénalisaient les exportations. À une certaine époque, des entreprises devaient s’entendre avec leurs concurrentes pour vendre des produits à l’étranger! (14)

Jusqu’à tout récemment, une loi interdisait l’exportation des melons s’ils n’étaient pas rassemblés dans un filet de nylon. Veuillez noter que les sacs blancs étaient tolérés, à la condition qu’ils soient dépourvus de couture. (15)

Le comble est atteint avec la loi du loup-garou, qui stipule que le président doit devenir le parrain du septième garçon ou de la septième fille d’une famille. Tout cela pour éviter que l’enfant ne devienne un loup-garou, les soirs de pleine lune! (16)

Une loi contre les loups-garous?

C’est entendu. Pour justifier la croisade contre l’État, Javier Milei a beau jeu de brandir des exemples de gaspillage spectaculaires.

Dans la fonction publique, des milliers de fonctionnaires encaissaient leur paye sans travailler. On les surnommait les «gnocchis», du nom du plat de pâtes qu’ils venaient déguster une fois par mois avec leurs collègues. En général, le jour où l’État émettait leur chèque de paye!

Depuis des décennies, l’État argentin accumulait aussi les lois archaïques. Plusieurs taxes pénalisaient les exportations. À une certaine époque, des entreprises devaient s’entendre avec leurs concurrentes pour vendre des produits à l’étranger! (14)

Jusqu’à tout récemment, une loi interdisait l’exportation des melons s’ils n’étaient pas rassemblés dans un filet de nylon. Veuillez noter que les sacs blancs étaient tolérés, à la condition qu’ils soient dépourvus de couture. (15)

Le comble est atteint avec la loi du loup-garou, qui stipule que le président doit devenir le parrain du septième garçon ou de la septième fille d’une famille. Tout cela pour éviter que l’enfant ne devienne un loup-garou, les soirs de pleine lune! (16)

Bienvenue aux milliardaires

Le président argentin n’a pas de mots assez durs envers l’État. Il le considère comme «l’ennemi à abattre». Le «mal absolu». «Le pédophile dans la garderie, avec les enfants enchainés.» Rien de moins. (17)

Signe des temps, l’Argentine devient l’escale obligée des ultrariches qui veulent se mettre à l’abri des lois et des impôts. Ou qui sont allergiques à l’État. Le milliardaire Peter Thiel, l’un des cofondateurs de PayPal, vient d’ailleurs de s’acheter une villa dans un quartier cossu de Buenos Aires.

Peter Thiel (Rebecca Blackwell/Archives AP)

Peter Thiel (Rebecca Blackwell/Archives AP)

Mister Thiel, surnommé «le gourou de la fin du monde», tente d’échapper au fisc de la Californie, qu’il juge trop gourmand. (18) Lors d’un dîner-conférence, il a discuté avec des gens d’affaires de son sujet favori: l’Antéchrist! Avouez que vous auriez aimé y être...

«L’Argentine est prête à accueillir tous les milliardaires du monde qui fuient des pays écrasés par la réglementation [...]. Nous leur souhaitons la bienvenue en Argentine, la nouvelle patrie de la liberté, a déclaré sans rire Manuel Adorni, le chef de cabinet du président Milei.

Inspiré par tout ce beau monde, le président Milei en profite pour jouer les martyrs. Si tout le monde le fait, pourquoi pas lui?

«Savez-vous qui a été touché le plus durement par la crise actuelle? a-t-il demandé. Moi! Je suis le seul dont le salaire n’a pas changé depuis mon élection. Je suis le président le plus mal payé des Amériques.» (19)

Bienvenue aux milliardaires

Le président argentin n’a pas de mots assez durs envers l’État. Il le considère comme «l’ennemi à abattre». Le «mal absolu». «Le pédophile dans la garderie, avec les enfants enchainés.» Rien de moins. (17)

Signe des temps, l’Argentine devient l’escale obligée des ultrariches qui veulent se mettre à l’abri des lois et des impôts. Ou qui sont allergiques à l’État. Le milliardaire Peter Thiel, l’un des cofondateurs de PayPal, vient d’ailleurs de s’acheter une villa dans un quartier cossu de Buenos Aires.

Peter Thiel (Rebecca Blackwell/Archives AP)

Peter Thiel (Rebecca Blackwell/Archives AP)

Mister Thiel, surnommé «le gourou de la fin du monde», tente d’échapper au fisc de la Californie, qu’il juge trop gourmand. (18) Lors d’un dîner-conférence, il a discuté avec des gens d’affaires de son sujet favori: l’Antéchrist! Avouez que vous auriez aimé y être...

«L’Argentine est prête à accueillir tous les milliardaires du monde qui fuient des pays écrasés par la réglementation [...]. Nous leur souhaitons la bienvenue en Argentine, la nouvelle patrie de la liberté, a déclaré sans rire Manuel Adorni, le chef de cabinet du président Milei.

Inspiré par tout ce beau monde, le président Milei en profite pour jouer les martyrs. Si tout le monde le fait, pourquoi pas lui?

«Savez-vous qui a été touché le plus durement par la crise actuelle? a-t-il demandé. Moi! Je suis le seul dont le salaire n’a pas changé depuis mon élection. Je suis le président le plus mal payé des Amériques.» (19)

La résistance du boxeur

Pendant deux ans, l’Argentine a subi la grande purge sans trop rechigner. Il ne semblait pas y avoir d’autres solutions. L’opposition était en miettes. Mais combien de temps un boxeur peut-il encaisser les coups, adossé aux câbles? (21)

Récemment, l’atmosphère s’est assombrie. Les manifestations se multiplient. Même l’Église prend peur. L’archevêque de Buenos Aires vient de lancer une mise en garde. Il craint une «explosion sociale». Il appelle au dialogue avec ceux qui n’ont «pas d’argent, pas d’emploi et pas d’opportunités». (20)

Un homme en colère lors d’une manifestation de retraités devant le siège du Congrès argentin, à Buenos Aires. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Un homme en colère lors d’une manifestation de retraités devant le siège du Congrès argentin, à Buenos Aires. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

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«Le revenu de beaucoup de gens est très insuffisant. Pour survivre, ils doivent s’endetter sans cesse ou faire toutes sortes de petits boulots [au noir], constate l’économiste Pablo Ernesto Pérez, de l’Université de La Plata. L’Argentine de Milei est faite pour ceux qui ont beaucoup d’argent.»

«On refuse d’admettre que la pauvreté est causée par un système, une série de décisions malavisées, continue M. Pérez, qui a vu disparaître une bonne partie des budgets de recherche de son Laboratoire d’études en sociologie et en économie du travail. On préfère laisser entendre que si vous êtes pauvres, c’est entièrement votre faute.»

Mine de rien, les commerces doivent déployer beaucoup d’ingéniosité pour faire consommer les Argentins appauvris. Ainsi, la stratégie «acheter maintenant, payez plus tard» connaît un succès inégalé. Un peu partout, il devient même possible de payer votre épicerie en plusieurs versements!

Payez votre pain en plusieurs versements? What could go wrong? comme disent les Américains.

En Argentine, les commerces doivent composer avec la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Tout peut se payer en plusieurs versements, le plus souvent sans intérêt. Même la facture dans les magasins d'escomptes. Même l’épicerie. (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Épilogue: ça passe ou ça casse

Pour l’instant, le «révolutionnaire» Javier Milei garde le cap. Il traite les élus du Congrès argentins de «rats». Il vomit sur la presse. Il refuse de prononcer les mots «justice sociale», qu’il associe à un gros mot, ou pire encore au «socialisme».

Depuis quelques mois, la cote de popularité du président reste pourtant en berne. L’homme fort et son entourage ont été égratignés par plusieurs affaires. Milei lui-même n’arrive pas à s’extirper du scandale de la cryptomonnaie Libra $, dont il a fait la promotion. (22)

En mai, la revue hebdomadaire Noticias se moquait des ennuis du président Javier Milei. Au premier coup d’œil, on reconnaît la parodie d’une scène emblématique du film Titanic. En y regardant de plus près, on se demande si le président et sa sœur Karina ne s’apprêtent pas à jeter à la mer le chef de cabinet Manuel Adorni... (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

En mai, la revue hebdomadaire Noticias se moquait des ennuis du président Javier Milei. Au premier coup d’œil, on reconnaît la parodie d’une scène emblématique du film Titanic. En y regardant de plus près, on se demande si le président et sa sœur Karina ne s’apprêtent pas à jeter à la mer le chef de cabinet Manuel Adorni... (Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Mine de rien, la sœur du président se retrouve aussi dans l’eau chaude. «Madame Karina» est devenue le personnage politique le plus puissant du pays. On la soupçonne de monnayer l’accès à son frère. Et d’utiliser le tarot pour identifier des ennemis...

Heureusement, pour se consoler, le président Milei se tourne vers les réseaux sociaux. En avril, il passait en moyenne deux heures et 48 minutes par jour sur le réseau X. (23) Une véritable dépendance.

Grâce aux images générées par l’intelligence artificielle, Javier Milei s’échappe toujours. Il peut se réinventer en footballeur de l’équipe nationale. En César. En Terminator.

Tant pis si on le voit de moins en moins brandir sa scie à chaîne géante sur les photos. À force de l’agiter dans tous les sens, on raconte que le «lion» Milei a fini par se faire mal au dos! Fichu métier!

(Natacha Pisarenko/Archives AP)

(Natacha Pisarenko/Archives AP)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Un magasin de fruits et de légumes au centre de Buenos Aires. Pour avoir une idée du prix en dollars canadiens, il suffit de diviser le prix affiché par 1000.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

L’équipe nationale de «fútbol» et Lionel Messi sont servis à toutes les sauces. La publicité les utilise pour vendre des matelas, des jus de fruits, des assurances et des cartes de crédit.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Dans le nord-ouest du pays, sur une route qui traverse la cordillère des Andes, à environ 4000 mètres d’altitude, un panneau prévient du passage possible de vigognes, des cousines du lama. À noter que la route, qui se dirige vers la Bolivie, est maintenue en très bon état. Une rareté.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Une voiture abandonnée près de la ville de Salta, dans le nord-ouest du pays.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Une maison colorée emblématique du quartier de La Boca, l’un des quartiers de Buenos Aires où est né le tango.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

À Buenos Aires, une banderole déployée sur le siège d'un grand syndicat réclame que le président Javier Milei respecte la loi. En avril, une réforme a étendu la journée de travail de 8 à 12 heures. Elle a aussi compliqué l’exercice du droit de grève. Dans son indice annuel, la Confédération syndicale internationale (CSI) classe l’Argentine parmi les dix pires pays du monde pour les droits du travail.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Sur un banc du centre-ville de Buenos Aires, une Mafalda grandeur nature toise les passants. La géniale petite fille, créée par l’auteur Quino, est devenue l’un des visages les plus connus de l’Argentine.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

Coucher de soleil sur le village de Purmamarca, dans les Andes. Malgré les nombreux touristes, une partie de la population ne profite guère de la prospérité.

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

(Jean-Simon Gagné/Le Soleil)

NOTES

(1)
«We Don’t Have Enough to Eat, to Live»: How Milei’s «Chainsaw» Cuts Are Driving Homelessness in Argentina, The Guardian, 4 novembre 2025.
(2) What the Argentine Government Has Cut, in Numbers, Buenos Aires Herald, 6 mai 2026.
(3) Milei Just Made It Easier to Fire Argentines and Make Them Work Longer, The Wall Street Journal, 27 février 2026.
(4) The Forests Are Going up in Flames — So Is the Rule of Law: Argentina’s Climate of Fear, The Guardian, 26 février 2025.
(5) Inflation in Argentina Surpassed 211% in 2023, Reveals INDEC, Buenos Aires Times, 11 janvier 2024.
(6) He Called the Pope a «Filthy Leftist». Now He Wants to Be President, The New York Times, 16 octobre 2023.
(7) Vaca Muerta Turns Global Oil Shock into Opportunity for Argentina, The Buenos aires Times, 3 avril 2026.
(8) Argentina Has Milei Malaise, Foreign Policy, 15 mai 2026.
(9) Argentina Milei Vetoes Pension and Disability Spending Increases, Citing Firscal Deficit Pledge, Associated Press, 4 août 2025.
(10) A Mysterious First Sister, Heard on Leaked Audio, Captivates Argentina, The New York Times, 6 septembre 2025.
(11) «I’m the King and I will Destroy You!»: Argentinian President Stages Frenetic Stadium Appearance, The Guardian, 23 mai 2024.
(12) The «JPMorgan Boys» Behind the U.S. Bailout for Argentina, The Wall Street Journal, 17 novembre 2025.
(13 à 15) Argentina’s Leader, a MAGA Celebrity, Is in a Race Against Time to Prove Himself, The New York Times, 7 mai 2026.
(16) Milei Government Secures Lower House Passage of «Ley Hojarasca» Deregulation Law, Buenos Aires Times, 21 mai 2026.
(17) Javier Milei: I Am Convinced Mine Is the best Government in History, The Telegraph, 29 décembre 2025.
(18) Why Peter Thiel Is Decamping to the End of the World, The New York Times, 28 mai 2026.
(19) Javier Milei is in Serious Trouble, The Economist, 5 mai 2026.
(20) Archbishop of Buenos Aires Warns Argentina Faces «Social breakdown», Buenos Aires Times, 26 mai 2026.
(21) Javier Milei’s Inflation «Miracle» in Argentina Is a Warning to the World, not a Blueprint, The Conversation, 1 avril 2026.
(22) New Revelations Reignite Crypto Scandal Involving Argentina’s President Milei, The New York Times, 6 avril 2026.
(23) Presidente Tuitero, Noticias de la Semana, 25 avril 2026.

Design graphique
Pascale Chayer, Le Soleil

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