LES COOPS DE L'INFORMATION

Dénicher la résidence privée pour aînés (RPA) idéale est un exercice fastidieux. Au cours des derniers mois, nos journalistes se sont transformés en clients mystère à la recherche d’un logement 3 ½ pour une personne âgée autonome. Prix, disponibilité, soins et services: notre enquête menée aux quatre coins du Québec et à Ottawa confirme l’importance de bien se préparer, et surtout, de magasiner. À quoi s’attendre lorsqu’on multiplie les visites et les appels dans les RPA?

En collaboration avec Protégez-Vous, Les Coops de l’information ont fait l’exercice pour vous.

Découvrez les résultats du sondage de satisfaction sur les RPA de Protégez-Vous.

Guide de magasinage, conseils pour bien choisir une résidence pour aînés, recours en cas de problèmes: lisez tous les volets de l'enquête de Protégez-Vous sur les RPA.

Céline Fabriès | LE SOLEIL

Un choix complexe entre coûts, disponibilité et vigilance

Trouver une résidence pour aînés relève souvent du casse-tête. La hausse des coûts et la rareté des places compliquent la recherche pour de nombreuses familles.

Au cours des derniers mois, Le Soleil a effectué des visites et des appels incognito dans plusieurs résidences pour aînés de la région de Québec. L’exercice démontre qu’un véritable magasinage s’impose avant de choisir une résidence privée pour aînés (RPA).

Les services offerts varient considérablement d’un établissement à l’autre. Certaines résidences incluent les électroménagers ou une thermopompe dans les appartements, tandis que d’autres proposent un aménagement beaucoup plus minimaliste. Peu d’entre elles acceptent par ailleurs les animaux.

De grands groupes — Résidences des Bâtisseurs, Cogir, Groupe Maurice, Chartwell ou Lokia — exploitent plusieurs immeubles sur le territoire. On y trouve aussi des organismes sans but lucratif (OSBL) et des RPA indépendantes.

De façon générale, les visites sont faciles à planifier, bien que la plupart des RPA de la région aient une liste d’attente pour les appartements.

Aux Jardins Lebourgneuf, Le Soleil a pu visiter la salle à manger, trois appartements et les espaces communs. Les activités proposées visent la stimulation cognitive et physique.

| |Des questions parfois mal reçues

Le Soleil s’est aussi rendu aux Résidences Kirouac, un OSBL. La personne rencontrée a répondu aux questions et remis de la documentation, mais n’a pas permis l’accès à la salle des loisirs. Il n’a pas été possible non plus de visiter des appartements, la résidence affichant complet.

Au téléphone, un employé du Manoir Sully, du groupe Résidences des Bâtisseurs, s’est montré agacé par certaines questions. «Je suis étonné de vos questions. C’est un questionnaire ou votre maman a un besoin?», a-t-il lancé.

| |Des centaines de plaintes en deux ans

Poser des questions demeure pourtant essentiel pour faire un choix éclairé. Entre 2023 et 2025, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a recensé des centaines de signalements visant des résidences privées pour aînés.

Selon les réponses obtenues à la suite d’une demande d’accès à l’information, les plaintes peuvent concerner des dispensateurs de services, des usagers, des tiers ou des proches. Leur gravité varie. Certaines portent sur la facturation ou la salubrité des lieux, tandis que d’autres évoquent des situations de maltraitance.

Les employés de différentes RPA ont expliqué qu’ils traitent d’abord les plaintes à l’interne. Ce n’est qu’en consultant les documents remis que l’on apprend que les résidents peuvent également s’adresser au commissariat aux plaintes et à la qualité des services.

| |Une facture qui grimpe

Vivre en RPA représente un coût important, malgré le crédit d’impôt pour le maintien à domicile. Avec l’âge et la perte progressive d’autonomie, les besoins augmentent — tout comme la facture.

Une aide quotidienne pour l’entretien de la barbe peut coûter 175$ par mois. L’assistance pour la toilette au lavabo et l’habillement entraîne des frais mensuels variant de 295$ à 500$. Pour la gestion de la médication, il faut prévoir environ 400$ par mois.

Ani-Rose Deschatelets | LE DROIT

Des places rares à prix élevés

En Outaouais, le constat le plus flagrant est le nombre de places très limité en RPA, surtout du côté des unités autonomes. Et pour celles qui sont disponibles, préparez-vous à payer le gros prix.

Cinq grandes résidences contactées affichaient complet, offraient l’option de s’inscrire sur une liste où l’attente est parfois interminable, ou encore ne pouvaient offrir que peu d’options locatives.

Aucune d’entre elles n’avait d’unité 3 ½ disponible lors de nos appels ou de nos visites. Par exemple, 96% des 864 unités locatives de la résidence Chartwell Cité-Jardin, l’une des plus grosses résidences pour personnes âgées au Québec, avaient trouvé preneurs. Au Manoir Buckingham, qui comporte 130 unités autonomes, l’attente pour une unité d’une chambre était estimée à deux ans. Le délai s’allonge à quatre ans pour un 4 ½.

La situation est «alarmante», a expliqué la présidente-directrice générale de Résidences Québec, Geneviève Poirier. Il n’y a présentement aucune construction sur le marché et le nombre de places est en déclin depuis quelques années.

Cette rareté pourrait justifier que la moyenne des loyers en résidence pour aînés dans la région ait grimpé de 14% en 2025 (3596$) comparativement à la moyenne de 2024 (3153$), toute taille d’unités confondues, selon les données fournies par Résidences Québec. «Il n’y a plus de places dans les logements autonomes, alors les baux signés actuellement ont souvent des soins d’inclus, a-t-elle avancé. Ça pourrait expliquer la hausse.»

Pourtant, le nombre d’aînés est en forte augmentation dans la région, note le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). «Le calcul ne fonctionne tout simplement pas», a indiqué son directeur des affaires gouvernementales et publiques, Hans Brouillette. «En Outaouais, le nombre d’unités a augmenté un peu au cours des dernières années, mais c’est vraiment en déconnexion avec la courbe des besoins.»

| |Côté ontarien

Le constat est similaire du côté d’Ottawa. L’Ontario Retirement Communities Association (ORCA) note que le nombre d’unités disponibles en résidences pour aînés continue d’augmenter dans la région de la capitale fédérale, mais ne suffit pas à répondre aux besoins croissants de la population vieillissante.

Un rapport sur l’analyse du logement pour personnes âgées au Canada de la firme immobilière Cushman & Wakefield, publié en septembre 2025, indique que le taux d’occupation des résidences à Ottawa se situe autour de 86,3%. Il était à 79,6% en 2018.

Les prix des loyers en résidences suivent également une tendance à la hausse, mais constante. Ils sont aussi substantiellement plus élevés à Ottawa que du côté québécois. Le loyer moyen pour une unité d’une chambre à coucher, selon le rapport, se situe à 5923$.

«L’ORCA plaide également en faveur d’un crédit d’impôt pour les personnes âgées, à l’instar de celui qui existe au Québec, qui pourrait être utilisé pour aider à rendre la retraite plus abordable», a-t-on indiqué par courriel.

| |D’autres grands groupes

Certains grands groupes présents ailleurs au Québec, comme les Résidences des Bâtisseurs, n’ont pas de pied à terre en Outaouais. La région peut toutefois compter sur d’autres grands joueurs, comme le groupe Katasa (Village Riviera) ou le groupe All Seniors Care (Résidences de la Gappe). Ce dernier est bien établi dans d’autres provinces du pays, comme l’Ontario.

D’ailleurs, le groupe Cogir, bien établi au Québec, ne possède pas de résidence en Outaouais. Toutefois, on peut compter plus d'une dizaine de résidences du Groupe Cogir de l’autre côté de la rivière, à Ottawa. L’ORCA note également que la plupart des grands groupes du milieu sont présents du côté d’Ottawa.

| |La compétition se fait sentir

Durant toutes nos visites et nos appels, les responsables des locations se sont montrés très ouverts et ont semblé faire preuve de transparence. Nous avons noté que certains vantaient leurs services en comparant directement avec des compétiteurs, clairement nommés, pour nous convaincre qu’ils constituent un meilleur choix.

| |Traitement des plaintes

En Outaouais, le constat général dans les cinq résidences approchées consiste en un traitement des plaintes «à l’interne». En cas de plainte ou doléance, le résident doit s’adresser à une personne responsable (selon le cas, le responsable de la location, un gestionnaire de section ou un employé à la réception). Un suivi avec la direction est ensuite effectué, au besoin. Il n’a jamais été question d’une procédure officielle ou écrite en place parmi les cinq résidences approchées.

Mickaël Meunier | LE QUOTIDIEN

La RPA évolutive comme argument de vente

Lorsqu’on parle de RPA au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce qui frappe, c’est d’abord l’accent qui est mis par les plus gros exploitants sur leur capacité de rétention des résidents. À plusieurs reprises, sur le terrain, des conseillers de grands réseaux de RPA rencontrés par Le Quotidien ont martelé que la présence d’une unité de soins plus développée était cruciale au bien-être des personnes âgées sur le long terme. Cet argument de vente a été entendu à de multiples reprises lors de l’enquête.

On observe d’ailleurs deux écoles. D’un côté, il y a des résidences qui ont une unité de soins prête à accueillir des cas lourds. De l’autre, des résidences qui ont de bien plus modestes capacités d’accompagnement.

La responsable de la location à la Résidence des Bâtisseurs de la Rivière-aux-Sables, à Jonquière, soulignait, de manière assez éloquente, que «c’est plus tannant à un certain âge de déménager, surtout quand la santé est moins là».

| |Disponibilité

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la demande est forte en matière de logements pour aînés. Plusieurs des RPA abordées n’avaient aucune place disponible dans l’immédiat au moment de l’enquête. «Je peux prendre votre nom. Il devrait y avoir une unité qui se libère dans les prochains mois, mais ça ne sera pas tout de suite», a-t-on pu entendre au Manoir Notre-Dame à Roberval. Une situation qui s’est répétée à plusieurs reprises.

| |Un éventail de prix

Les prix varient de localité en localité, d’un exploitant à l’autre, mais il y a un plancher de tarification qui semble se situer, selon les recherches réalisées, autour de 2050$ par mois. En bas de ce montant, les RPA offrant des unités 3 ½ permettant encore un certain degré d’autonomie se font rares dans la région. Qui plus est, les résidences qui offrent plus de services et celles qui figurent parmi les plus huppées affichent un prix mensuel qui peut grimper jusqu’à plus de 2570$ par mois. Cet éventail de prix ne comprend pas les services. Des frais additionnels de plusieurs centaines de dollars s’ajoutent pour les repas, notamment.

Dans toutes les RPA sélectionnées pour l’exercice, les baux ont été augmentés au cours des dernières années.

«Il y a eu une augmentation de 5,5% en 2025. On aurait pu aller jusqu’à 6,2%. C’est le coût de la vie, l’inflation. On est parlables par contre. On peut s’asseoir avec les gens et regarder ce qu’il est possible de faire.»
— La direction de la Villa d’Alma, la plus grosse RPA jeannoise

Le prix mensuel y est assez élevé, quoique comparable aux autres résidences les plus huppées du Saguenay. Comme un peu partout ailleurs où Le Quotidien est allé enquêter, la direction a affirmé que dans la mesure du possible, le traitement des plaintes se faisait à l’interne avant que le CIUSSS ne soit impliqué.

Plusieurs plaintes contre les RPA de la région acheminées au commissaire aux plaintes et à la qualité des services sont d’ailleurs liées au prix mensuel et aux frais.

| |De grands joueurs et des indépendants

Dans l’ensemble, le portrait régional est varié en matière de RPA. Deux gros joueurs sont bien installés au Saguenay. Le groupe Résidences des Bâtisseurs et le groupe Cogir ont la mainmise sur quelques-unes des plus grosses résidences saguenéennes. Outre ces deux acteurs principaux, on trouve plusieurs autres entités indépendantes. De manière générale, les résidences qui n’appartiennent pas aux groupes sont de plus petite taille et n’offrent pas forcément des unités de soins équipées pour accompagner les aînés jusqu’à leur fin de vie. Du côté jeannois, les grands réseaux de RPA sont beaucoup moins présents pour ne pas dire absents du paysage. Cela apporte une disparité dans la fixation des prix et dans la gamme de services offerts aux usagers sur cette partie du territoire.

Matthieu Max-Gessler | LE NOUVELLISTE

Des places... mais en nombre limité

On retrouve la plupart des grands groupes de RPA en Mauricie, à l’exception des Résidences Soleil. C’est à Trois-Rivières que l’on a le plus de choix, avec 11 résidences de 100 unités et plus. Mais les places disponibles sont rares.

Dans chacune des cinq résidences sur lesquelles Le Nouvelliste s’est penché (deux à Trois-Rivières, deux à Shawinigan et une à La Tuque), on ne comptait qu’une ou deux unités disponibles ou devant le devenir prochainement. L’une d’elles, Chartwell Shawinigan, affichait complet, avec une attente potentielle de plusieurs mois avant d’espérer obtenir une place.

| |Des réponses honnêtes

Toutes les résidences auprès desquelles Le Nouvelliste a fait des démarches pour obtenir des informations ont répondu sans réserve ni ambiguïté aux questions posées. Les prix mentionnés étaient toujours les prix avant la déduction du crédit d’impôt pour le maintien à domicile. Aucune pression n’a été faite pour signer rapidement un contrat de location, malgré le faible nombre de places disponibles. À la résidence Chartwell Shawinigan, on a toutefois insisté sur la nécessité de s’inscrire rapidement sur la liste d’attente pour espérer avoir une unité éventuellement.

| |Des factures qui gonflent vite

Concernant le prix, on voit qu’il oscille autour de 2000$ par mois pour un 3 ½. Évidemment, le montant à payer mensuellement peut rapidement augmenter. Si l’on ajoute la prise d’un repas par jour, un montant de 500 à 600$ s’ajoute, même si on mentionne qu’il est amoindri avec le crédit d’impôt pour le maintien à domicile. L’obtention d’un espace de stationnement et le service d’entretien ménager gonfleront aussi la facture.

À titre d’exemple, au Coin St-Paul (Trois-Rivières), l’ajout de ces trois services fera passer le loyer mensuel de 1782$ à 2515$.

| |Les plaintes traitées à linterne

Du côté des résidences consultées, règle générale, on explique que le traitement des plaintes se fait à l’interne. On invite les résidents à s’adresser à la direction, ou au comité de milieu de vie, formé d’autres locataires.

Seule la Résidence des Bâtisseurs La Tuque a décrit en détail un protocole bien établi et a mentionné la possibilité de s’adresser au commissaire aux plaintes et à la qualité des services.

Quant aux baux, les cinq résidences utilisent ceux fournis par le Tribunal administratif du logement. Personne n’exige de dépôt à la signature du contrat, conformément à la loi. Pour la résiliation du bail, la pénalité est toujours de deux mois.

Jean-Francois Guillet | LA VOIX DE L'EST

À la recherche de la perle rare

La patience. Bien des gens à la recherche d’une place dans une résidence pour aînés dans la grande région de Granby, en Estrie, devront s’en armer pour dénicher la perle rare. La demande est forte pour les unités 3 ½ pour personnes autonomes. C’est donc sans surprise qu’on se bute à un maigre choix. Durant son enquête, La Voix de l’Est a constaté que plusieurs établissements de grandes bannières ont des listes d’attente. Chez deux d’entre elles, on pouvait envisager qu’une place se libère dans plusieurs mois, voire plus d’un an.

Une grande partie du marché dans la région est occupée par des entreprises établies à travers le Québec. On retrouve notamment le Groupe Savoie à Granby avec Les Résidences Soleil, Groupe Maurice à la tête de la Croisée de l’Est, Le Simonia dans le giron de Cogir et Résidences les Bâtisseurs à Cowansville. Quelques plus petits groupes possèdent aussi des résidences. C’est notamment le cas d’Excelsoins, établi à Cowansville, qui possède six autres établissements, principalement dans la région de Montréal.

| |Vertigineux budget

Il faut porter une attention particulière aux services inclus quand viendra le temps de s’engager en signant un bail, car ils varient d’une résidence à l’autre.

Pour avoir une place dans une des résidences sondées, il faut s’attendre à débourser plus de 2000$ par mois, et même jusqu’à près de 3000$, pour le loyer et un repas par jour.

Même si les résidences offrent gratuitement une multitude d’activités et disposent souvent de nombreuses infrastructures de loisirs (salles de cinéma, allées de quilles, piscines, tables de billard, etc.), le montant à payer chaque mois peut plus que doubler si la personne a besoin de soins ou de services en plus. La facture peut s'élever à une quinzaine de dollars pour la prise de signes vitaux et 65$ pour un bain complet.

| |Courtoisie

Lors de nos rencontres terrain, aux Résidences Soleil de Granby et à la Résidence des Bâtisseurs à Cowansville, le personnel très courtois était ouvert à répondre à nos questions et à faire visiter des appartements et l’ensemble des installations.

Approche similaire du côté des représentants de la Croisée de l’Est et de la résidence Simonia, qui ont fait preuve d’un professionnalisme sans faille durant les entretiens téléphoniques.

On sentait toutefois un peu plus de réticence, voire d’impatience, du côté d’Excelsoins à Cowansville. «Est-ce que ça répond à votre liste de questions?», a lancé la représentante de l’entreprise après un peu plus de cinq minutes au bout du fil.

| |Traitement des plaintes

Au chapitre des plaintes et de leur traitement, plusieurs résidences gèrent le tout à l’interne, principalement avec la direction, puis dans certains cas en collaboration avec des comités de résidents.

Deux des cinq établissements interpellés, soit Excelsoins et Résidences des Bâtisseurs, ont des protocoles mieux rodés, via lesquels on dirige les cas plus litigieux au commissaire aux plaintes du CIUSSS de l’Estrie.

Dans la portion estrienne du territoire couvert par La Voix de l’Est, on a dénombré 30 plaintes dans les RPA de 2023 à 2025, a révélé une demande d’accès à l’information. Un total de 141 interventions pour maltraitance ont eu lieu dans l’ensemble de l’Estrie.

| |Baux

Toutes les résidences consultées offrent des baux conventionnels d’un an. Comme le prévoit la loi, aucun établissement ne demande de dépôt pour obtenir une place. De plus, on respecte les normes en vigueur en exigeant au maximum deux mois de loyer si un résident doit quitter pour aller en CHSLD.

En ce qui concerne les ajustements des prix des loyers, les augmentations ont varié entre 1% à près de 6% dans les établissements sondés au cours de la dernière année.

Marie-Eve Shaffer | PROTÉGEZ-VOUS

L’embarras du choix

Au Québec, plus d’une RPA sur dix (12%) se trouve à Montréal. Les consommateurs âgés qui cherchent un logement dans ces établissements ont donc l’embarras du choix en plus de bénéficier de prix moins élevés.

Les grandes chaînes, comme Chartwell, Cogir, Groupe Maurice, Immo 1ère et Les Résidences Soleil ‒ Groupe Savoie, possèdent des tours d’habitation à Montréal. Elles rivalisent avec des organismes à but non lucratif (OBNL), des résidences indépendantes et celles administrées par l’Office municipal d’habitation de Montréal (Enharmonie).

Cette mosaïque de RPA fait en sorte que le loyer moyen pour un logement d’une chambre (3 ½) est parmi les plus bas (2144$) au Québec, selon l’enquête menée par Protégez-Vous. Les hausses annuelles de loyer correspondent généralement aux recommandations du Tribunal administratif du logement; bien des aînés ont donc encaissé une augmentation de 5,9% en 2025.

| |Des places disponibles

Trouver un logement dans une RPA de Montréal est quand même aisé. La majorité des résidences que nous avons contactées disposaient de quelques logements vacants. Pour certaines, il fallait attendre de deux à trois mois, le temps qu’un locataire quitte et que le logement soit nettoyé.

La conseillère des Résidences Soleil Manoir Plaza nous a proposé d’occuper un logement sans cuisinière: il comprenait de l’espace pour un réfrigérateur et un petit four de comptoir. Elle suggérait de déménager dans un appartement mieux équipé quand l’un d’eux se libérerait.

Bon à savoir: bien des RPA facturent un frais lorsqu’un aîné change de logement. Il n’a pas été possible de vérifier si c’est le cas pour la résidence du Groupe Savoie puisqu’elle ne nous a pas transmis sa grille tarifaire.

| |Une proximité étonnante

Pour obtenir des informations sur une RPA montréalaise, les conseillers en location sont prompts, selon ce que nous avons constaté lors de nos visites comme client mystère. Ils répondent généralement par courriel ou par téléphone en moins d’une journée et ils n’hésitent pas à proposer une visite des lieux.

Sur place, il est étonnant de voir ces conseillers saluer tous les aînés et leurs proches par leur nom; ce fut le cas dans la résidence Le 22 du Groupe Maurice, qui compte plus de 400 résidents.

«C’est comme une croisière!»
— Une conseillère en location à propos de la vie dans une RPA

| |Des plaintes peu nombreuses

Moins de 100 plaintes sont acheminées bon an mal à chacun des cinq Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) de Montréal par des résidents de RPA ou leurs proches.

Pourquoi si peu de plaintes alors que la métropole compte plus de 25 000 unités de logement en RPA? Au cours de notre enquête, la majorité des conseillers en location à qui nous avons parlé indiquaient qu’en cas de problème, les aînés peuvent discuter avec le directeur de l’établissement ou un autre membre du personnel. «Ils sont habitués de gérer les plaintes des aînés», a lancé l’un d’eux.

Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services, qui est nommé par le conseil d’administration des CIUSSS, n’a été mentionné que par une seule personne lors de nos visites.

Rosalie Croteau | LA TRIBUNE

Une disponibilité et des prix qui varient

À Sherbrooke, le temps d’attente pour avoir accès à une place en RPA fluctue. Si certaines RPA affichent complet pour la prochaine année, d’autres semblent plus faciles d’accès.

Au Vü, l’attente est de minimum deux ans, rapporte la conseillère en location par téléphone. À la Villa de l’Estrie et à Chartwell Rock Forest, les conseillères laissent entrevoir plus de flexibilité.

Des studios sont disponibles pour la location depuis février à la Villa de l’Estrie. Quelques logements sans balcon aussi. Pour le reste des unités, le futur résident peut s’attendre à neuf mois d’attente. Chez Chartwell Rock Forest, aucune disponibilité en 2026, à moins d’un imprévu, spécifie la conseillère en location. La liste d’attente comprend une trentaine de noms seulement, rassure-t-elle. À la Résidence Murray, un logement est disponible.

Le son de cloche est différent aux Résidences Soleil Manoir Sherbrooke, où le conseiller s’empresse de confirmer la disponibilité d’une trentaine de logements. Il insiste aussi sur l’accessibilité des 4 ½, qui sont aussi prêts pour la location «dès maintenant».

| |Se distinguer par le prix

Ce sont les Résidences Soleil Manoir Sherbrooke qui se distinguent par l’accessibilité de leurs prix qui commencent sous les 2000$. L’abordabilité est au centre de la stratégie du conseiller, qui décrit le Manoir Sherbrooke comme «le Walmart des résidences». Le conseiller mentionne aussi les augmentations de loyer, qui sont limitées à 1% sur le loyer de base. Pour les autres services, on ne mentionne aucun pourcentage.

Pour la Villa de l’Estrie, Vü et Chartwell Rock Forest, on situe les dernières augmentations entre 5% et 5,9%. À la Résidence Murray, la conseillère mentionne que la dernière augmentation se situait autour de 3% «sur le loyer de base seulement». Les services de soins augmentent eux aussi.

Lorsqu’il est question d’ajouts de services, soit pour les soins de santé ou encore l’ajout de repas, tous mentionnent le crédit d’impôt pour le maintien à domicile, qui aide à réduire la facture totale.

| |Des questions bien accueillies

D’emblée, les conseillers accueillent les questions de La Tribune d’un bon œil. Au Vü, malgré l’indisponibilité de logements, la conseillère en location détaille les services offerts.

Aux Résidences Soleil Manoir Sherbrooke, la première conseillère avec qui La Tribune avait planifié son rendez-vous, n’est pas joignable une fois sur place. Trente minutes plus tard, c’est un autre conseiller qui se libère finalement.

Une odeur de cigarette plane dans la résidence. Le conseiller explique alors qu’il y a deux fumoirs intérieurs. Les employés tolèrent aussi que les résidents fument dans leur logement, à condition qu’ils s’achètent un assainisseur d’air. Le conseiller se veut rassurant. Si l’aînée pour qui on magasine ne fume pas, il sait «où la placer» pour que l’odeur ne l’incommode pas.

Dans toutes les résidences contactées, lorsque vient le temps d’aborder les plaintes, les conseillers répondent avec ouverture. Dans la majorité des résidences sondées, on ne mentionne pas, cependant, de structures officielles pour la formulation des plaintes. Plusieurs mentionnent que les portes des directions sont toujours ouvertes. Les résidents peuvent aussi s’adresser directement au personnel. Les conseillers assurent qu’ils priorisent le bien-être des résidents en cas de mécontentement.

À la Résidence Murray, la conseillère à la location indique que les résidents n’ont pas de comité de milieu de vie. Faute de n’avoir que 40 unités pour les personnes autonomes, la majorité des résidents ne veulent pas s’impliquer, affirme-t-elle. Elle soutient, cependant, que des cafés-rencontres ont lieu toutes les semaines avec les résidents.

Seule la résidence Vü réfère au comité de milieu de vie. La conseillère assure que des documents sont remis aux résidents avant la signature du bail.

Design graphique
Pascale Chayer et Nathalie Fortier, Le Soleil

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Pascale Chayer et Nathalie Fortier, Le Soleil