La classe de Miss Mountain en 1904, se faisant photographier devant leur école. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

La classe de Miss Mountain en 1904, se faisant photographier devant leur école. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Cher M. Hist,

On m’a dit que l’édifice de la Chaudronnée sur la rue Bowen avait une histoire peu banale. Pourriez-vous m’en dire un peu?

Éric

Cher Éric,

Intéressant qu’on se penche sur cet élément présent dans notre patrimoine bâti depuis si longtemps. Commençons par son emplacement: l’édifice de la Chaudronnée, comme on le connaît aujourd’hui, est situé sur la rue School dans l’Est, près de la rue St-François Sud. Cela vous donne déjà un petit indice sur l’origine de la bâtisse, n’est-ce pas? Il s’agit d’une petite rue cachée et discrète, facile à oublier pour ceux qui ne la connaissent pas. Aujourd’hui, le nom School ne semble plus avoir grand rapport avec les lieux. Pourtant, si l’on remonte dans le temps, il est possible de trouver des indices qui nous en apprennent plus sur ses origines.

En réalité, cette rue est ni plus ni moins nommée en l’honneur de la East Ward School qui y sera construite en 1885. Cette école protestante s’inscrit dans un mouvement de construction d’écoles de quartier, avec celle du nord (North Ward School), dont le bâtiment est toujours debout sur la rue Prospect, ou encore du centre (Centre School, aujourd’hui démolie).

Le tracé de la rue School en 1917. Il est déjà possible de voir la East Ward School, école du quartier est, sur les plans. (Photo Collection Musée d’histoire de Sherbrooke, plan 1917)

Le tracé de la rue School en 1917. Il est déjà possible de voir la East Ward School, école du quartier est, sur les plans. (Photo Collection Musée d’histoire de Sherbrooke, plan 1917)

Le bâtiment qui nous intéresse est constitué de seulement quatre pièces accueillant les élèves de la première à la sixième année, soit 75 à 85 enfants. Il faut donc avoir en tête que chaque maître ou maîtresse d’école enseignait à deux niveaux à la fois! Visiblement, chaque époque comporte son lot de gestion des classes.

Cela dit, l’édifice de style Second Empire conserve, encore aujourd’hui, son charme d’autrefois: il suffit de voir sa tour carrée centrale, sa brique rouge et ses accents blancs caractéristiques du style anglais pour s’en convaincre.

Faisons maintenant un petit saut dans le temps. À partir des années 1960, l’école commence à souffrir de ses installations vétustes et du manque de fonds investis dans l’établissement octogénaire. On se plaint du système de chauffage qui laisse des vapeurs de charbon s’échapper dans les classes, du système électrique à refaire, et de la désuétude des lieux en général. Une (longue) liste de recommandations est établie notamment par les parents d’élèves, mais rien n’est fait. Avec la diminution significative du nombre d’élèves inscrits, l’école ferme ses portes en juillet 1964. La Légion canadienne vient occuper les lieux par la suite.

L’école est vendue en 1964 malgré les réticences des parents dont les enfants fréquentaient toujours l’école. (Photo Sherbrooke Daily Record, 17 juillet 1964)

L’école est vendue en 1964 malgré les réticences des parents dont les enfants fréquentaient toujours l’école. (Photo Sherbrooke Daily Record, 17 juillet 1964)

Les bénévoles de l’organisme servent les repas aux nombreux usagers. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les bénévoles de l’organisme servent les repas aux nombreux usagers. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

À quel moment donc l’histoire de l’organisme à but non lucratif la Chaudronnée de l’Estrie rencontre celle du bâtiment de l’ancienne East Ward School? Souvenons-nous d’abord que l’organisme est créé en 1982 par la travailleuse sociale Hélène Ravary et l’abbé Clément Croteau. Il a pour objectif de venir en aide aux jeunes défavorisés et de leur fournir de la nourriture.

De l’ancien Hôtel King George, au 162 Wellington Sud, en passant par les rues Brooks, Laurier et Galt, l’organisme passera par de nombreux locaux avant de finalement acheter le 470, rue Bowen Sud, lieu qui nous intéresse aujourd’hui. Ainsi, c’est en septembre 1999 que la Chaudronnée de l’Estrie commence officiellement à servir des repas dans ses nouveaux locaux: l’ancienne East Ward School.

Petite anecdote: il semble que l’établissement ait toujours eu cette prédisposition nourricière, parfois malgré lui…

Tenez-vous bien: en 1962, on déloge une ruche contenant plus de 400 livres de miel qui grandissait sur l’une des corniches de l’East Ward School depuis cinq ans!

Les voisins se plaignaient de piqûres d’abeilles depuis longtemps déjà avant qu’enfin le nid soit retiré… Moins bruyant qu’une récréation agitée, mais sans doute plus incommodant!

Depuis plusieurs années, des abeilles avaient élu domicile dans une partie de la façade de l’ancienne école… On voit ici l’un des braves qui s’est porté volontaire pour affronter la colonie d’abeilles, et qui goûte à sa récompense. (Photo La Tribune, 17 juillet 1962)

Depuis plusieurs années, des abeilles avaient élu domicile dans une partie de la façade de l’ancienne école… On voit ici l’un des braves qui s’est porté volontaire pour affronter la colonie d’abeilles, et qui goûte à sa récompense. (Photo La Tribune, 17 juillet 1962)

Vous en aviez l’intuition, cher lecteur: ce bel édifice est chargé d’histoire. Depuis le fourmillement des élèves anglophones du quartier Est, jusqu’au tintement des casseroles, en passant par le bourdonnement des abeilles, mais aussi des ventres et des cœurs restaurés… C’est une véritable «ruche» (littéralement!) dont l’occupation en dit long sur l’activité du secteur, et sa capacité à se réinventer, année après année.

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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