Le lettrage «Walter Blue Wholesale» est un exemple classique de l’utilisation des murs extérieurs. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le lettrage «Walter Blue Wholesale» est un exemple classique de l’utilisation des murs extérieurs. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les murales font partie du paysage sherbrookois depuis des années. Il me semble que dans ma jeunesse, il y avait déjà des dessins sur certains murs de la ville. Est-ce que je me trompe?

Jean

Cher Jean, 

On écrit sur les murs depuis très longtemps, mais vous comprendrez que l’on ne remontera pas à la préhistoire où, dès lors, les parois des cavernes favorisaient la communication. Notre ville s’est évidemment développée bien après cette période! Cela dit, vous avez raison: l’art mural est présent depuis longtemps à Sherbrooke. Traçons ensemble les grandes lignes de l’utilisation des murs sherbrookois à des fins, disons esthétiques.

Dans les années 1970 et 1980, plusieurs œuvres sont déjà tracées sur les rues de la ville. Aux coins des rues Frontenac et Dufferin, les sirènes de couleurs vives seront remplacées par la murale du bicentenaire de 2002. (Photo Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Dans les années 1970 et 1980, plusieurs œuvres sont déjà tracées sur les rues de la ville. Aux coins des rues Frontenac et Dufferin, les sirènes de couleurs vives seront remplacées par la murale du bicentenaire de 2002. (Photo Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Peut-être avez-vous remarqué, des marquages aux noms d’entreprises bien ancrés sur certains édifices, surtout au centre-ville. Ces lettrages datent de la révolution industrielle et de l’émergence du capitalisme moderne: les écritures publicitaires.

Ces grandes murales occupant les parois extérieures d’immeubles sont nommées walldogs, en référence aux artistes qui travaillaient souvent à quatre pattes le long des murs.

Ce style est bien présent à Sherbrooke de la fin du 19e siècle jusqu’au milieu du 20e. Bien que le temps passe, il existe encore des traces de cette époque sur les édifices actuels. Levez les yeux si vous passez devant l’édifice qui logeait le Liverpool jusqu’à tout récemment, vous y verrez justement la mention «casino», en référence à l’appellation de cet édifice dès 1911. Toujours au centre-ville, sur la rue Wellington Nord cette fois-ci, sur l’édifice voisin du Théâtre Granada, l’empreinte de l’entreprise H. C. Wilson & Sons y trône toujours.

Vers 1950, sur le bâtiment de la rue Meadows, la cigarerie Webster, Orange Crush et l’enseigne moderne d’Arthur Blouin nous rappellent sur un seul lieu différentes époques d’affichage. (Photo Fonds Robert Blouin Pianos Inc, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Vers 1950, sur le bâtiment de la rue Meadows, la cigarerie Webster, Orange Crush et l’enseigne moderne d’Arthur Blouin nous rappellent sur un seul lieu différentes époques d’affichage. (Photo Fonds Robert Blouin Pianos Inc, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Dans les années 1970 et 1980, Sherbrooke connaît une nouvelle vague de murales qui vont occuper les grands murs de la ville. Certains se rappellent des œuvres de Pierre Goulet ou d’André Bilodeau, entre autres. Il n’est pas encore question de trompe-l’œil (nous y viendrons), mais plutôt de dessins figuratifs ou abstraits aux couleurs typiques de cette période!

Cette période de murales réalisées par des étudiants est malheureusement moins documentée. De plus, il reste maintenant peu d’exemples encore visibles de ces réalisations. Ces projets artistiques ont fini par être défraichis ou ils sont simplement disparus à coups de rénovations et de nouvelles constructions.

C’est en revoyant des photos de notre ville, datant d’une cinquantaine d’années, que l’on peut se rappeler la présence de tel ou tel élément visuel. Ainsi, j’imagine que vous parlez de ces murales lorsque vous faites référence à votre jeunesse.

L’utilisation des murs a bien changé au cours du temps. Au début des années 2000 débute la phase des murales de type trompe-l’œil qui caractérisent maintenant Sherbrooke. (Photo Fonds de La Tribune, Musée d’histoire de Sherbrooke)

L’utilisation des murs a bien changé au cours du temps. Au début des années 2000 débute la phase des murales de type trompe-l’œil qui caractérisent maintenant Sherbrooke. (Photo Fonds de La Tribune, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Enfin, à la fin des années 1990, la mise sur pied de l’organisme MURIRS (Murales Urbaines à Revitalisation d’Immeubles et des Réconciliation Sociale) marque une nouvelle ère pour les murales à Sherbrooke, celles des trompe-l’œil. L’objectif de MURIRS est ambitieux: créer des murales extérieures à caractère historique présentant aux passants les lieux où elles se trouvent.

En 2002, la Ville de Sherbrooke inaugure une première murale, au coin des rues Frontenac et Dufferin, pour marquer son 200e anniversaire: la bien-nommée Murale du Bicentenaire. Cette première murale «moderne» remplace justement une murale des années 1970...

La Murale du Bicentenaire inaugurée en 2002 au coin des rues Frontenac et Dufferin. (Photo La Tribune)

La Murale du Bicentenaire inaugurée en 2002 au coin des rues Frontenac et Dufferin. (Photo La Tribune)

En deux décennies (ou presque), MURIRS réalise près d’une vingtaine de murales et fait de notre ville un musée à ciel ouvert. Montréal, Québec et d’autres villes plus proches comme Richmond, Windsor et Magog donnent également à voir de magnifiques œuvres murales… Toutefois, Sherbrooke est toujours le seul circuit d’art mural en trompe-l’œil en Amérique!

Quoi qu’il en soit, des murales de votre jeunesse jusqu’à celles d’aujourd’hui, il s’agit de valoriser l’art et l’histoire, tout en agrémentant notre espace urbain !

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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