Lorsque j’étais jeune, nous magasinions nos instruments de musique chez Wilson Musique. J’avais un oncle qui nous disait qu’il y avait déjà acheté ses électroménagers. Est-ce qu’il nous parlait du même magasin Wilson?
Pierre
Cher Pierre,
Eh bien oui! Et il faut reconnaître aux Wilson un certain talent pour suivre les goûts et les besoins de leurs clients. Pendant plus d’un siècle, leur entreprise a vendu de la musique sous toutes ses formes, mais aussi, pendant quelques décennies, des radios, des meubles et même des électroménagers. Un piano dans le salon, un réfrigérateur dans la cuisine: chez Wilson, on pouvait presque équiper toute la maison!
Tout commence en 1863, lorsque Hiram Corliss Wilson, né en 1827 à Bradford, au Vermont, fonde son commerce à… Compton. Il vend alors principalement des harmoniums et des pianos, en plus de donner des cours de musique. Il paraît d’ailleurs que Wilson possède une jolie voix. Voilà donc un commerçant qui pouvait vendre l’instrument et expliquer comment s’en servir!
Hiram Corliss Wilson est né au Vermont en 1827 et s'est établi à Compton en 1863, puis à Sherbrooke en 1875. (Fonds H. C. Wilson & Sons, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Hiram Corliss Wilson est né au Vermont en 1827 et s'est établi à Compton en 1863, puis à Sherbrooke en 1875. (Fonds H. C. Wilson & Sons, Musée d’histoire de Sherbrooke)
En 1875, Hiram déménage son entreprise à Sherbrooke. Le premier magasin s’installe dans l’immeuble McCarthy, au carré Strathcona. Après un passage dans l’édifice Tuck & McNichol, le commerce s’établit en 1880 dans l’immeuble Odell. L’entreprise prend progressivement de l’ampleur et devient une véritable institution musicale.
Hiram Wilson a cinq enfants: Ella, Arthur, Walter H., Willie et Francis Bramon, dit Frank B. Au cours des années 1890, Walter et Frank rejoignent leur père dans la gestion du commerce. Lorsque Hiram meurt en 1900, les deux frères poursuivent ensemble l’entreprise familiale.
En 1909, ils font même construire leur propre édifice sur la rue Wellington. Le magasin y emménage en janvier 1910. La famille Wilson est alors solidement installée dans le paysage commercial sherbrookois.
Les Wilson proposent des pianos et des orgues, bien sûr, mais aussi des violons, des guitares, des instruments à vent et des partitions. Avec le temps apparaissent les gramophones, les phonographes et même les pianos mécaniques. Bref, si votre maison manquait de musique, Wilson avait probablement quelque chose pour vous.
Vers 1888, un catalogue d’orgues et d’harmoniums, lesquels sont des articles proposés chez H. C. Wilson. (Fonds H. C. Wilson & Sons, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Vers 1888, un catalogue d’orgues et d’harmoniums, lesquels sont des articles proposés chez H. C. Wilson. (Fonds H. C. Wilson & Sons, Musée d’histoire de Sherbrooke)
En 1923, une publicité de La Tribune vante ainsi le piano «Wilson, style M.», présenté comme le modèle «idéal pour une pièce de grandeur moyenne». Plusieurs musiciens accomplis et professeurs l’auraient apprécié. Et pour ceux dont le portefeuille était moins enthousiaste que les oreilles, le magasin offrait «des termes de paiements faciles». Voilà une formule qui semble avoir été inventée bien avant les cartes de crédit!
C’est ici que notre mystérieux magasin d’électroménagers entre en scène. À partir des années 1930, Wilson diversifie considérablement ses activités. En 1934, le magasin se lance officiellement dans la vente de meubles et d’électroménagers. On y trouve également ou disons évidemment des radios. Le commerce répond donc aux nouvelles habitudes de consommation d’une époque où les appareils électriques envahissent progressivement les foyers.
Cette diversification ne signifie toutefois pas que Wilson abandonne la musique. Bien au contraire. Dans les années 1940 et 1950, les clients peuvent y acheter des enregistrements vinyles et même les écouter dans des cabines prévues à cette fin avant de faire leur choix.
On pouvait donc entrer chez Wilson pour acheter un piano, ressortir avec un disque et, pourquoi pas, avoir finalement décidé qu’un réfrigérateur était nécessaire.
Pendant tout ce temps, plusieurs générations de Sherbrookois sont servies par une équipe réputée pour sa compétence et son amabilité. Parmi les employés les plus fidèles, Armand «Pete» Gingras détient presque un record: il travaille chez Wilson de 1912 à 1972. Il prend sa retraite à 79 ans. Cinquante-neuf ans au même magasin, voilà ce qu’on appelle connaître ses clients!
En 1939, le magasin H. C. Wilson vante ses services et ses produits achetés par le restaurant Olivier… nous sommes loin des instruments de musique! (Sherbrooke Daily Record, 28 avril 1939, p.6)
En 1939, le magasin H. C. Wilson vante ses services et ses produits achetés par le restaurant Olivier… nous sommes loin des instruments de musique! (Sherbrooke Daily Record, 28 avril 1939, p.6)
La succession familiale se poursuit également. Meredith W. Wilson devient présidente en 1928, puis son frère Lennox lui succède en 1930. Plus tard, Jeffrey, fils de Meredith, devient le dernier dirigeant de l’entreprise familiale. Au début des années 1990, H. C. Wilson & Sons prend le nom de Wilson Musique.
Mais après 132 ans d’activité, le magasin ferme définitivement ses portes en 1995. Il est alors considéré comme le plus vieux commerce de Sherbrooke.
Alors, oui, le magasin de musique et celui qui vendait des électroménagers étaient bien le même. Pendant 132 ans, les Wilson ont simplement adapté leur commerce aux besoins de leur époque. Ils ont vendu des pianos quand les pianos étaient à la mode, des phonographes quand les phonographes sont arrivés, des radios, des disques et même des réfrigérateurs quand ceux-ci ont envahi les maisons.
À Sherbrooke, certaines entreprises ont tellement d’ancienneté qu’elles ont eu le temps de changer plusieurs fois de métier... sans jamais changer de famille!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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