Par M. Hist - Musée d'histoire de Sherbrooke
«Question pour vous M. Hist. Ça fait quelques années que je me suis mis à la course à pied. Je me demandais, est-ce que Sherbrooke est une ville d'adeptes de la course?»
Blaise
Cher Blaise,
En effet, les coureurs et coureuses raffolent des pistes que peut offrir notre ville de nature et de côtes, et depuis longtemps. Lacez vos chaussures, on part retracer la «longue sortie» de la course à pied à Sherbrooke!
On dit généralement que la mode de la course est arrivée avec les années 1970, avec les shorts courts et les bandeaux fluo. Détrompez-vous! Un siècle avant cela, dès les années 1880, le journal Le Pionnier parle déjà de ceux qui s’affrontent à la «lutte pédestre». Et pas à petite échelle: un champion y parcourt 47 milles (près de 75 km) en 9h! Oui, vous avez bien lu. De quoi travailler son endurance! Ces compétitions ont lieu à l’intérieur, notamment dans l’édifice Odell ou au «rond olympien», au coin des rues Montréal et William. À défaut de tapis roulant, on tournait en rond… mais avec ambition!
Au début du 20e siècle, la course sort prendre l’air. Vers 1908, on organise même une course entre Sherbrooke et Lennoxville. La même année apparaissent plusieurs clubs de «cross-country», discipline très populaire depuis le 19e siècle. Les «harrier» du YMCA Harrier Club, du Rand Drill Harrier Club ou du Crescent Harrier Club sont des coureurs de fond qui sillonnent champs et sentiers.
Autrement dit, bien avant nos montres GPS, on traçait déjà des parcours dans la campagne estrienne.
En 1910, lors de l’Exposition agricole dans l’est de la ville, on présente une grande course de 5 milles (8 km). Le vainqueur franchit la ligne d’arrivée en 26 minutes 50 secondes. Faites le calcul: cela correspond à environ 18 km/h, soit un rythme impressionnant de 3 minutes 20 secondes au kilomètre. De quoi faire rougir bien des coureurs contemporains!
La même année, le 12 mars 1910, La Tribune publie fièrement: «Sherbrooke pourrait être appelé la ville du sport, car, de tout temps, le sport y a été en grand honneur.
En hiver, nous avons le patin, le hockey, le curling, qui ont leurs fervents adeptes; en été, la chaloupe, le yacht, la bicyclette, l’automobile, la course à pied, le baseball, le tennis…». La course à pied figure donc noir sur blanc dans l’ADN sportif de la ville! Destinée à toujours trotter vers l’avant, ce n’est peut-être pas pour rien que Sherbrooke avait fait du mot forward sa devise municipale…
Les Coureurs à pied de Sherbrooke (CAPS) foulent ensemble les rues de la ville depuis les années 1970. Si l’association n’existe plus sous ce nom aujourd’hui, plusieurs adeptes continuent de poursuivre la «longue sortie» entamée il y a près d’un demi-siècle… (Photo Fonds de CHLT-TV, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Les Coureurs à pied de Sherbrooke (CAPS) foulent ensemble les rues de la ville depuis les années 1970. Si l’association n’existe plus sous ce nom aujourd’hui, plusieurs adeptes continuent de poursuivre la «longue sortie» entamée il y a près d’un demi-siècle… (Photo Fonds de CHLT-TV, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Avançons dans le temps. En avril 1974 naît le club des CAPS, les Coureurs à pied de Sherbrooke. L’organisation offre plusieurs services aux adeptes. Dès 1983, on y tient notamment le «Réveil des coureurs», un circuit printanier dans les rues du quartier ouest. Les vainqueurs du 10 km peuvent même remporter des bourses de 50$… de quoi payer la prochaine paire de souliers!
Le CAPS - Coureurs à pied de Sherbrooke - est un club né en avril 1974. Il compte près de 135 membres une décennie plus tard, et certaines des courses régulières qu’ils organisent affichent plus de 160 personnes à la ligne de départ! (Photo La Tribune, 23 avril 1986)
Le CAPS - Coureurs à pied de Sherbrooke - est un club né en avril 1974. Il compte près de 135 membres une décennie plus tard, et certaines des courses régulières qu’ils organisent affichent plus de 160 personnes à la ligne de départ! (Photo La Tribune, 23 avril 1986)
Les CAPS ne manquent pas d’imagination. Au début des années 1980, les coureurs se donnent rendez-vous au parc Jacques-Cartier pour les «courses pop» du mercredi à 17h30, le long du lac des Nations. Ambiance détendue, prix de présence et de participation chaque semaine: ici, on court autant pour le plaisir que pour la performance.
Le club organise aussi une foule d’activités du 30 avril à la fin septembre: le Demi-marathon des Cantons, et même une course «parc à parc» reliant le parc Jacques-Cartier au Champ-de-Mars, au parc Saint-Alphonse, au parc St-Charles-Garnier, au parc Carillon… avant de revenir au point de départ. Une belle façon de visiter la ville en transpirant.
Et n’oublions pas qu’en 1975, dans le cadre du deuxième Festival des Cantons, on organise un semi-marathon et un «Tour du monde au p’tit trot» qui rassemble des centaines de participants. À Sherbrooke, même faire le tour du monde peut se faire… en courant local.
Alors oui, Sherbrooke est bel et bien une ville née pour courir. Depuis les «luttes pédestres» du 19e siècle jusqu’aux joggeurs occasionnels du lac des Nations, les gens d’ici ont toujours aimé avancer à la force de leurs jambes. La flamme de ces olympiens du quotidien ne s’est jamais éteinte.
Si vous croisez quelqu’un qui court en souriant, dans le froid de l’hiver ou la chaleur estivale, ne vous inquiétez pas: ce courageux ou cette courageuse ne fuit rien. Elle perpétue simplement une tradition vieille de plus d’un siècle… et tente peut-être de battre un record historique!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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