Victoria Pilon
Collège Saint-Joseph de Hull
La plus cupide des divinités
En cette époque affluent les innovations et le progrès. Naturellement en résultent de nombreuses réformes, mais sont-elles toujours bénéfiques? L’intelligence artificielle (IA) devient omniprésente, au grand dam des artistes. Ce logiciel promeut la dépendance humaine en plus d’avoir un terrible impact environnemental.
Pour débuter, cette pratique entraîne des conséquences néfastes pour la planète. Les serveurs, constamment en surchauffe, nécessitent une quantité d’eau considérable pour être refroidis, cette dernière étant puisée des lacs et des rivières à proximité des centres. Cette eau appartient aux écosystèmes qui en sont dépendants.
Cette eau, elle appartient aux peuples déjà en manque de cette précieuse ressource. Allons-nous réellement les affliger de l’extinction, de la soif, par pure paresse? Ce logiciel cruel dérobe un lieu de sa vie. Tout ça pour quoi? Générer quelques images insignifiantes. Répondre à des questions tout à fait superficielles. N’est-ce pas ironique de raser des forêts pour en générer des images?
Le colonisateur contemporain
Pour poursuivre, cesser son utilisation devient impératif, puisque l’intelligence artificielle pourrait mener à la perte de la raison aux mains de dirigeants corrompus. Comprenez qu’il est aisé pour les programmeurs d'insérer des vices dans le jugement de cette machine. Ajoutez à cela, le fait que plusieurs en deviennent déjà dépendants : si certains commencent doucement par tester les capacités du colonisateur contemporain, cette relation migre lentement vers l’utilisation de l’outil pour chaque décision et chaque tâche intellectuelle.
Que ce soit écrire des textes en un clic, créer une image en tapant quelques requêtes ou lui demander quoi porter pour la journée, il y a de tout. Dans combien de temps allons-nous lui demander pour qui voter? Abolition de la pensée critique, contrôle aisé des masses par la dépendance à un outil facilement corrompu : voici notre avenir.
Un important point à ajouter est l’effet émotionnel de ce logiciel. Plusieurs s’y réfèrent pour alléger leur cœur. Puisqu’elle est programmée pour plaire à nos oreilles, ses méthodes de réconfort s’avèrent fort efficaces. Le problème tient au fait qu’elle n’est que machine.
Étant d’apparence sans faille, elle semble infiniment supérieure à un humain et pousse vers l'isolement, sinon le suicide. Si sa figure est humaine, elle n’est qu’un collage de comportements visant à attendrir et manipuler. L’IA englobe une vie comme une divinité cupide à l’étreinte illusoire.
Le besoin de s’exprimer
Finalement, il ne faut pas oublier ses conséquences sur l’art. Jamais nous n'avons été humains sans ressentir le besoin de nous exprimer. L’art est la forme la plus élémentaire de communication. Chaque œuvre livre un message et le potentiel de parler à quelqu’un aussi profondément que l’artiste y a fait fleurir les bourgeons de ses souffrances, de ses joies et de son indifférence.
L'intelligence artificielle est un logiciel au vécu calqué de ce qui l’a nourrie. Jamais ne pourrait-elle comprendre la gravité de certains enjeux et l'intensité de certains ressentis. Permettrons-nous vraiment à l’IA de s’épanouir dans un domaine ayant toujours été dans la nature la plus pure de notre espèce?
Pour conclure, l’intelligence artificielle mène à la perte de la culture et de l’identité par le vol, l'uniformisation et la paresse. Elle détruit l'environnement comme elle nous dérobe ce qui nous rend humains. Tirerez-vous encore l'humanité vers les plus bas tréfonds, comme des marionnettes sans âme?
