Maya Haïdar
Collège Saint-Joseph de Hull
À la rencontre de D-Track, la voix rap de l’Outaouais
Voix incontournable du rap en Outaouais, D-Track trace depuis plus de vingt ans un parcours musical singulier et authentique. Nommé plusieurs fois à l’ADISQ pour ses albums rap et hip-hop, D-Track est certainement un artiste à ajouter à vos listes d’écoute!
Des débuts forgés à Gatineau
Le rappeur, slameur et auteur-compositeur-interprète D-Track, de son vrai nom David Dufour, a majoritairement construit sa carrière dans sa ville natale, Gatineau. Dès l’adolescence, il fréquente le club VIBE de Hull, un lieu marquant où il s’initie à l’écriture de textes rap. À partir de ses 16 ans, il participe à des concours de freestyle sous le nom de Détraqué et développe un style personnel fondé sur l’improvisation et l’usage assumé du joual québécois.
Sa carrière musicale débute officiellement en 2001 avec le groupe Escouade qu’il fonde et qui l’amène à effectuer une première tournée québécoise. Il poursuit ensuite une carrière solo marquée par une constante exploration entre rap et slam.
En effet, D-Track est très actif sur la scène slam et il se classe parmi les cinq meilleurs slameurs provinciaux en 2010, 2011 et 2012 et devient même champion provincial québécois au Grand Slam national de 2013. Puis, il atteint la quatrième position à la Coupe mondiale de slam de Paris en 2014.
En entrevue, l’artiste affirme que le slam lui a «permis d’explorer d’autres manières de faire [sa] poésie, de sortir un peu des codes du hip-hop et de découvrir une autre manière d’écrire».
Un attachement à sa ville natale
D-Track se distingue par des chansons qui abordent l’«egotripe», les enjeux sociaux et, surtout, la représentation de ses «lieux géographiques». Ses textes, souvent teintés de figures de style et de procédés stylistiques tels que l’hyperbole et l'exagération, mettent en scène le quotidien de l’Outaouais.
«Je parle beaucoup de la région dans laquelle on habite. Beaucoup de mes noms de chansons et de mes paroles reviennent au lieu géographique où j’habite», affirme-t-il. «En plus d’être un rappeur de la région, je crois que je suis le rappeur de la région qui représente le mieux d’où on vient».
Effectivement, ses albums les plus populaires (Hull, l’Osstidtour, Territoire de l’ours) témoignent de cet attachement au territoire et à ses lieux emblématiques. Dans la chanson l’Osstidtour à condo, il dépeint ainsi avec justesse les transformations du paysage urbain :
Comment j'vais pouvoir montrer à mes kids
Comment qu'c'était dans l'temps
Le déficit est sanglant
Y'ont mis un Burger King pour qu'on fasse une crise cardiaque
Y'ont mis un gros parking par-dessus le Bob patatеs
Une musique en constante évolution
Toujours curieux et en mouvement, D-Track affirme également jouer avec plusieurs styles musicaux. Après s’être concentré sur le hip-hop, il explore le reggae-rap avec son nouveau titre Imagine, paru en janvier 2026, en collaboration avec Che_nous et Dumis9ne I.
«Chaque album est différent, parce que je travaille avec différents producteurs de musique. D’autres fois, c’est moi qui compose la musique [...] Ça varie d’un projet à l’autre», explique-t-il.
Un message pour la prochaine génération de rappeurs québécois
Si D-Track souhaite éveiller quelque chose chez son public, c’est avant tout la conscience des possibilités offertes par le rap francophone. « Si je donne le goût à un jeune de rapper en français, ça c’est cool. Souvent, je vois des jeunes qui pensent qu’il faut rapper en anglais pour percer, mais c’est tellement un mythe », mentionne-t-il.
Effectivement, ses tournées en Europe et en Asie, notamment en France et en Chine, lui ont prouvé que le rap en français rassemble tout autant que celui en anglais.
«J’ai voyagé avec ma musique, j’ai vécu de belles choses [...] et tout est en français!».
