Carter Brousseau
École secondaire Hormisdas-Gamelin
Le paradoxe de l’attachement
On croit souvent que tout événement marquant va s’annoncer comme grandiose et plein d’éloquence. Mais pas celui-là : il s’est glissé petit à petit, sans même que je ne m’en aperçoive et a pris forme, caché dans le tumulte du quotidien.
Rien ce jour-là ne me préparait à ce changement subtil mais persistant. J’ai croisé son regard parmi tant d’autres, une personne qui, pour le moment, n’avait rien d’apparent à priori. Une présence tout à fait ordinaire qui cachait, au plus profond, un fardeau qui me suivrait durant plusieurs années.
L’écho qui résonne encore aujourd’hui, c’est la vitesse où tout a pris forme, une lenteur insoutenable où tu m’as enchaîné. J’aurais pu réagir, m’enfuir mais non, j’étais attiré vers toi, comme un papillon attiré vers une flamme qui brûle, mais ne réchauffe rien. C’est dans des détails banals du quotidien que tout a pris racine.
Respirer sans pression
Sans même que je m’en rendre compte, tu étais devenue un moment attendu de ma journée, ta simple présence avait le pouvoir de ralentir le monde et de me laisser enfin respirer, de relâcher la pression.
Mais ce qui a rendu l’attachement si profond, c’est qu’il s’accompagnait d’une lourde conséquence. Plus ta présence se faisait précieuse, plus ton absence devenait douloureuse. Maintenant incapable d’agir comme avant, j’essaye de continuer mon chemin, mais tu es toujours là, collée au fond de ma pensée. Et je sais que de te fuir, c’est encore penser à toi.
C’est là, je crois, le paradoxe de l’attachement. Se cachant derrière une rencontre ordinaire, il s’accroche à nous sans qu’on s’en rendre compte pour finalement devenir nécessité. Et c’est là que l’on comprend que l’on ne choisit pas qui devient essentiel à notre équilibre; cela s’oppose à nous, sans que l’on ait le pouvoir de le repousser.
