Katia Crêtes
Cité-Étudiante-de-la-Haute-Gatineau
Quand souffrir devient normal
On dit souvent que c’est normal d’être fatigué à notre âge. Normal d’être stressé, normal d’avoir trop de devoirs, normal de ne plus dormir comme avant. On dit que ça fait partie de la vie, que ça va passer, que plus tard ce sera pire. Alors on apprend à se taire.
On apprend à garder ça en dedans, parce que si c’est normal, ça ne vaut pas la peine d’en parler. À force d’entendre que notre souffrance est banale, elle devient invisible. Les jeunes marchent dans les corridors avec des sacs trop lourd et des têtes pleines, mais personne ne s’arrête vraiment. On sourit, on rit, on fait semblant que tout va bien, parce que c’est ce qu’on attend de nous.
Être jeunes, c’est censé être la plus belle période de notre vie, non? Pourtant, chaque matin, je sens un poids sur ma poitrine avant même de sortir du lit. Pas un poids qu’on peut voir, ni mesurer. Un poids silencieux, constant. Et quand j’arrive à l’école, ce poids ne disparaît pas. Il s’alourdit.
Tout va trop vite
L’école est supposée être un endroit pour apprendre, pour grandir. Mais parfois, elle ressemble plus à une cage qu’à un lieu d’avenir. Les murs sont blancs, les histoires sont serrées, les attentes sont élevées. Tout va vite. Trop vite. On passe d’une classe à l’autre sans jamais avoir le temps de respirer. On accumule les notes, les examens, les comparaisons. On apprend les mathématiques, le français, l’histoire.
Mais on n’apprend jamais comment gérer ce qui se passe dedans. On n’apprend pas quoi faire quand l’anxiété prend toute la place, quand la tête refuse de se taire. Alors on continue d’avancer, même quand on est à bout. Dans les salles de classe, je regarde autour de moi. Des jeunes comme moi, assis en silence. Certains regardent par la fenêtre, d’autres fixent leur bureau.
Personne ne parle de ce qu’il ressent vraiment. Parce que parler, c’est risqué. Parler, c’est admettre que ça ne va pas. Et ici, ne pas aller bien, c’est souvent vu comme une faiblesse.
Sujet tabou
La santé mentale reste un sujet délicat, presque interdit. On en parle dans des affiches colorées sur les murs, dans des discours préparés, mais rarement pour vrai. Rarement avec des mots honnêtes. On dit “ demande de l’aide”, mais quand quelqu’un ose le faire, le silence s’installe. Les regards changent. Les gens ne savent pas quoi dire. Alors on se referme. On apprend à souffrir discrètement, sans déranger.
Il faut oser parler. Même quand c’est effrayant. Même quand on a peur du jugement. Même quand le monde semble pressé et trop occupé pour remarquer. Parce que chaque mot que l’on ose dire, chaque sentiment partagé, peut briser un peu le poids du silence. Et chaque fois que l’on parle, on donne à quelqu’un d’autre la permission de ne plus se taire aussi.
C’est un acte simple, mais puissant. Une façon de se rappeler que notre voix compte, que nos émotions comptent, que notre souffrance mérite d’être reconnue. Donc, écoutez ce message et allez parler à votre ado ne serait-ce que pour quelques instants pour prendre de leur nouvelle. Ils peuvent sourire à tous les jours, mais au plus profond d’eu leur corps se désintègre petit à petit sans en laisser paraître un grain de sel à la surface
