Dania Otchere
Collège Nouvelles Frontières

L’ado perdu

Il avait seulement neuf ans quand il quitta la maison de sa mère, celle qui aurait dû l’aimer, celle qui l’appelait « le moins que rien », qui frappait ses mots contre son cœur comme des lames invisibles et lui laissait sentir dès le plus jeune âge qu’il n’était rien, qu’il ne valait rien, qu’il n’existait pas.

Au tribunal, il entendait des voix d’adultes parler de son avenir, décider pour lui, sans jamais vraiment voir l’enfant qu’il était, perdu dans un silence immense, cherchant simplement un regard qui ne le jugerait pas, une main qui ne le frapperait pas, un endroit où respirer sans avoir peur.

Oublier la peur

De foyer en foyer, il apprit à exister autrement, à découvrir des gestes qui ne font pas mal, des mots doux qui ne coupent pas, des lits où dormir sans terreur, des chambres où la lumière ose entrer, et parfois, dans ces moments fragiles, il pouvait presque oublier la peur qui le suivait comme une ombre silencieuse.

Pourtant, malgré les souvenirs qui saignent, malgré la peur, la solitude et la colère, il continuait d’avancer, portant ses cicatrices comme des armures invisibles, recousant sa propre peau, tenant sa propre main, choisissant de croire à un lendemain qu’aucun juge, aucune famille, aucune loi ne pouvait lui garantir, mais qu’il construisait pas à pas.

Et même perdu, même brisé, dans l’ombre des tribunaux et des foyers d’accueil, il ne devint pas un garçon cassé : il devint un enfant vivant, un enfant qui, malgré la douleur et la peur, apprit à se reconstruire, à espérer, à chercher la douceur que le monde aurait dû lui offrir dès le premier jour.

Note

En lisant cette histoire, on comprend que ce n’est pas une fiction, mais la vraie vie de l’auteur. Dans Le moins que rien, on découvre son enfance jusqu’à 9 ans : la maison maternelle, les humiliations, puis le départ vers les foyers. Dans L’ado perdu, on le suit de 10 à 15 ans, entre foyers, quête d’identité et premiers pas vers l’espoir. Chaque page montre le chemin difficile qu’il a parcouru pour se reconstruire et chercher la douceur qui lui a tant manqué.