Cher M. Hist,
On entend souvent parler du dossier de l’aéroport de Sherbrooke. Pouvez-vous nous faire l’histoire de notre volonté d’avoir un pôle aéroportuaire?
Philippe
Cher Philippe,
Décidément, les questions récentes nous amènent vers les transports: stationnement, taxi et maintenant aéroport!
Posons certaines balises dans cette grande réflexion sur l’aéroport de Sherbrooke.
Avant même la désignation d’un lieu, la population sherbrookoise peut, en 1907, lever les yeux au ciel pour admirer un premier engin volant au-dessus de la ville: un dirigeable! Pas celui de Flying Whales, évidemment, mais plutôt le «Airship Lincoln Beachey» en démonstration à l’exposition agricole de Sherbrooke. Et, pour la petite histoire, la grand-mère du futur sénateur Howard a même été blessée parce que ses chevaux auraient pris peur en apercevant l’aéronef!
Le dirigeable en démonstration est alors de passage seulement. Pour voir une réelle volonté de développer l’aviation civile dans notre ville, il faut attendre les années 1920.
Ici, si vous n’avez pas lu la chronique Sherbrookois, vous rappelez-vous Collinsville?, il est encore temps. Vous pouvez faire un peu de rattrapage et reprendre le fil de l’histoire, avec nous, aux environs de la Seconde Guerre mondiale.
Le débat s’axe dès lors autour de l’emplacement et des investissements! C’est le gouvernement fédéral qui vient trancher le débat et changer la donne, car au lieu d’investir à Collinsville, c’est plutôt un site à Saint-François-Xavier-de-Brompton qui est privilégié. Un choix qui ne fait pas l’affaire de la Chambre de commerce de Sherbrooke, qui trouve le nouveau site beaucoup trop loin!
Peu importe, le fédéral va de l’avant et l’aérogare de Saint-François-Xavier est opérationnelle dès 1941. Quant au site dans l’ouest de la ville, il ne tombe pas dans l’oubli immédiatement: certains appareils y atterrissent quand même, principalement en raison du camp d’entraînement militaire qui s’y établit durant la guerre.
Une fausse joie à l’automne 1964, alors que La Tribune titre que l’aéroport local deviendra un aéroport international! C’était sous condition de l’accréditation fédérale qui ne sera finalement jamais donnée. (La Tribune, 3 octobre 1964, p.1)
Une fausse joie à l’automne 1964, alors que La Tribune titre que l’aéroport local deviendra un aéroport international! C’était sous condition de l’accréditation fédérale qui ne sera finalement jamais donnée. (La Tribune, 3 octobre 1964, p.1)
À la fin des hostilités, la réflexion sur la nécessité d’un aérodrome revient sur la table. Le gouvernement fédéral n’y voit plus d’intérêt et suggère de céder à la Ville de Sherbrooke les installations de Saint-François-Xavier-de-Brompton. La Ville de Sherbrooke refuse l’offre et surtout d’y investir 1,5 million pour prendre le relais. Le projet avorte, si bien qu’à partir de 1954, il n’y aura plus d’activité publique à l’aéroport du secteur de Windsor.
À peine quelques années plus tard, en 1957, le gouvernement fédéral et la Ville de Sherbrooke remettent sur la piste un projet de nouvel aéroport, cette fois dans le Haut-Saint-François. Le fédéral investit alors 4 millions pour l’aménagement d’un terrain de 2000 acres.
Le nouveau projet nécessitera l’expropriation d’une vingtaine de fermes. Après plusieurs retards et plusieurs annonces, l’aéroport est officiellement inauguré en… 1964!
Le débat qui fait rage sur l’emplacement et les investissements ne s’arrête pas pour autant avec le site près d’East Angus. En 1980, il est proposé de déplacer l’aéroport vers Orford, dans un tout nouveau projet qui inclut même un casino.
Toujours au début des années 1980, Transports Canada recommande de trancher définitivement la question de la localisation afin de nommer l’aéroport de Sherbrooke «aéroport régional». Il est alors question que la Commission canadienne des transports puisse doter Sherbrooke de services aériens vers l’extérieur du Québec. Le rêve!
Vue aérienne de l’aéroport de Sherbrooke en 1975. (Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Vue aérienne de l’aéroport de Sherbrooke en 1975. (Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Justement, c’est cette trame qui demeure depuis plus de 100 ans maintenant: celle d’avoir des vols de Sherbrooke vers Montréal, Québec et plus loin encore. En 1985, on voit apparaître un projet pilote pour des liaisons vers la métropole et la capitale québécoise, mais on met fin au projet dès l’année suivante.
En 1989, un groupe s’active pour déplacer l’aéroport, cette fois du côté de Rock Forest! En vain, comme vous pouvez le constater. À l’éternelle question de la localisation s’ajoutent les réflexions sur les investissements, l’accréditation, les douanes, les transporteurs et la gestion. Le fédéral annonce justement son retrait de la gestion de l’aéroport de Sherbrooke au milieu des années 1990 et la Ville devient propriétaire du lieu en 1998.
Depuis près de 30 ans, le développement économique, avec un parc industriel attenant, est au cœur du développement de l’aéroport régional. Et peut-être, avec un clin d’œil à 1907, qu’un projet de dirigeables viendra sauver la donne. Je vous laisse en juger.
En somme, du secteur de Collinsville à celui près de Windsor ou à proximité d’East Angus, l’histoire nous apprend, dans le dossier de l’aéroport de Sherbrooke, à être patients, un peu comme lorsqu’on attend son vol!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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