«Johnny» Bourque, lui-même propriétaire d’un moulin à scie avant de devenir député, jette une pelletée de terre à la cérémonie de la plantation de l'arbre devant le Séminaire St-Charles en mai 1949. (Photo Fonds Lucien Bédard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

«Johnny» Bourque, lui-même propriétaire d’un moulin à scie avant de devenir député, jette une pelletée de terre à la cérémonie de la plantation de l'arbre devant le Séminaire St-Charles en mai 1949. (Photo Fonds Lucien Bédard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Cher M. Hist,

On dit souvent que Sherbrooke est une ville verte, au sens où les arbres sont bien présents. Il me semble qu’il y a même déjà eu une Fête de l’arbre. Pouvez-vous nous le confirmer?

Bryan

Cher Bryan,

Quelle drôle d’histoire que celle de la Fête des arbres à Sherbrooke! Aujourd’hui, on parle beaucoup d’environnement, de reboisement et de changements climatiques, mais saviez-vous qu’on songeait à célébrer les arbres il y a presque un siècle et demi? Remontons aux racines de cette célébration particulière.

L’importance des arbres est soulignée de différentes façons. Le 1er mai 1949, c’est un char allégorique qui nous dit «Embellissons par l’arbre». (Photo Fonds Antonio Montour, Musée d’histoire de Sherbrooke)

L’importance des arbres est soulignée de différentes façons. Le 1er mai 1949, c’est un char allégorique qui nous dit «Embellissons par l’arbre». (Photo Fonds Antonio Montour, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Tout commence loin des Cantons-de-l’Est, au Nebraska, en 1872. Cette année-là, un homme nommé Julius Sterling Morton propose de créer une journée spéciale consacrée à la plantation d’arbres.

Son idée est simple: si l’on veut protéger les sols, le climat et les ressources naturelles, il faut planter davantage d’arbres. Le premier «Arbor Day» voit le jour le 10 avril 1872. C’est à la fois audacieux et avant-gardiste!

L’idée traverse rapidement la frontière. Au Québec, des débats ont lieu à l’Assemblée législative dès 1882 afin d’encourager la plantation d’arbres. Une loi intitulée tout simplement To Encourage the Planting of Forest trees est adoptée en 1883. Montréal et Québec organisent leurs premières célébrations dès cette année-là, tandis que le reste de la province suit graduellement en 1884.

Mais à Sherbrooke? Disons que l’enthousiasme n’est pas immédiat… Pendant près de trente ans, la Fête des arbres (ou Fête de l’arbre) passe presque inaperçue dans les Cantons-de-l’Est. Les journaux locaux déplorent régulièrement le peu d’intérêt des citoyens. En 1901, le Progrès de l’Est note même que la fête «est passée presque inaperçue dans notre ville» et précise qu’un seul citoyen, Benjamin C. Howard, aurait planté un arbre cette année-là! Quelques années plus tard, le ton devient franchement découragé: «Malheureusement l’observation de cette fête des arbres est tombée en désuétude». Puis, en 1909, un chroniqueur va jusqu’à demander: «Ne ferait-on pas mieux de supprimer cette fête qui passe inaperçue chaque année, puisqu’elle ne profite pas à l’industrie nationale forestière?»

(Photo La Tribune, 14 mai 1957)

(Photo La Tribune, 14 mai 1957)

Heureusement, certaines institutions tiennent le fort. Dans les écoles, notamment, les enseignants profitent de l’occasion pour sensibiliser les enfants à la nature. Les élèves plantent parfois des arbres autour des bâtiments scolaires et apprennent à reconnaître les essences locales. Lentement, l’idée fait son chemin. Le véritable tournant survient pendant la Deuxième Guerre mondiale. En 1943, le Séminaire Saint-Charles décide de relancer sérieusement la tradition à l’occasion du premier congrès régional de l’Association forestière québécoise tenu à Sherbrooke. Deux ans plus tard, la Jeune Chambre de Commerce embarque elle aussi dans l’aventure.

Cette fois, la population répond présente.

Au printemps 1945, une grande cérémonie de plantation est organisée au Carré Strathcona. La même année, le Séminaire Saint-Charles devient même «le premier collège au Québec à créer une forêt commémorative en l’honneur de la victoire des Alliées». La Fête des arbres devient alors un véritable événement civique. Les journaux couvrent abondamment les activités, publient des photographies et relatent les discours des dignitaires. Le maire Guy Bryant félicite même ses concitoyens pour avoir fait des festivités «un franc succès».

Le 17 mai 1979, les directeurs de l'Association forestière des Cantons-de-l’Est se rassemblent pour planter un arbre à Valcourt. (Photo Fonds Lucien Bédard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le 17 mai 1979, les directeurs de l'Association forestière des Cantons-de-l’Est se rassemblent pour planter un arbre à Valcourt. (Photo Fonds Lucien Bédard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Durant les années 1940 et 1950, la fête connaît un véritable âge d’or. On plante des arbres, on organise des allocutions publiques et on sensibilise les jeunes aux beautés de la nature. L’Association forestière des Cantons-de-l’Est, aujourd’hui connue sous le nom d’Association forestière du sud du Québec, joue alors un rôle central dans ces campagnes de sensibilisation.

Dans les décennies suivantes, la conscience écologique change de visage... Et la Fête de l’arbre également.

Les préoccupations environnementales ne concernent plus seulement les arbres, mais aussi la pollution de l’air, des rivières et des sols. De nouveaux groupes militants apparaissent, comme Greenpeace en 1971. Les grandes cérémonies symboliques de plantation perdent tranquillement de leur popularité.

Certains arbres sont plus connus que d’autres. En fait, certains conservent même des traces du passé, comme le fameux arbre à anneau du Bois Beckett. (Photo Fonds du Regroupement du Bois Beckett, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Certains arbres sont plus connus que d’autres. En fait, certains conservent même des traces du passé, comme le fameux arbre à anneau du Bois Beckett. (Photo Fonds du Regroupement du Bois Beckett, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Cela ne veut pas dire que les Sherbrookois cessent d’aimer les arbres, bien au contraire. Les préoccupations environnementales deviennent simplement plus vastes et plus concrètes. On parle désormais de recyclage, de protection des milieux naturels et de conservation de la biodiversité. Et quand on y pense, c’est peut-être grâce à ces générations d’écoliers armés de petites pelles et de jeunes naturalistes enthousiastes que nous pouvons aujourd’hui profiter de tant de magnifiques arbres dans nos parcs et nos quartiers.

Quand vous marcherez près des érables du parc Jacques-Cartier ou à l’ombre des vieux arbres du centre-ville, prenez une seconde pour remercier ces citoyens qui, il y a cent ans, tentaient déjà de convaincre leurs voisins… de planter autre chose que des patates!

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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