M. Hist,
Puisque la question du stationnement est souvent dans l’actualité, que nous raconte l’histoire du stationnement à Sherbrooke?
Jean-Robert
Cher Jean-Robert,
Vous avez raison de poser la question. Si vous trouvez qu’il est parfois difficile de se stationner au centre-ville de Sherbrooke aujourd’hui, sachez que nos ancêtres automobilistes connaissaient déjà ce petit plaisir urbain. Évidemment, ils avaient beaucoup moins de voitures... Mais ils avaient aussi beaucoup moins de places!
Au début du 20e siècle, l’automobile fait une entrée fracassante dans les rues de Sherbrooke. En 1907, seulement 10 voitures circulent dans la ville. Trois ans plus tard, elles sont déjà 40. Puis la progression devient spectaculaire: en 1930, Sherbrooke compte 3088 automobiles immatriculées, ce qui lui vaut le troisième rang au Québec, derrière Montréal et Québec!
La voiture à essence devient rapidement incontournable. Et avec elle arrive une question qui nous est étrangement familière: où va-t-on la mettre lorsqu’on ne la conduit pas?
Dès 1915, La Tribune publie des consignes à l’intention des automobilistes. On leur demande notamment de stationner leur véhicule du côté droit, le long du trottoir, et de ne pas le laisser au même endroit plus d’une demi-heure. Une règle qui ferait sans doute sourire quelques automobilistes modernes!
Les mentalités évoluent rapidement. En 1917, dans les pages consacrées à «l’automobilisme», on peut même lire que «tous savent que les rues sont faites exclusivement pour les voitures». Les piétons apprécieront!
La municipalité commence toutefois à comprendre que quelques espaces réservés seraient bien utiles. En 1929, elle acquiert un terrain situé entre la voie ferrée du Canadien National et la rue des Grandes-Fourches afin d’y aménager un stationnement… Sur le lieu-dit «de la Grenouillère», qui donnera son nom au stationnement bien connu des Sherbrookois! À son inauguration, il compte environ 50 cases. Un autre stationnement est aménagé derrière la rue Webster, accessible par la rue Meadow.
Aux abords de la rue Webster se profile un stationnement à étages moderne, offrant près de deux cents places de stationnement. Mais ce confort ne vient pas sans un prix! (La Tribune, 10 octobre 1929, p. 3)
Aux abords de la rue Webster se profile un stationnement à étages moderne, offrant près de deux cents places de stationnement. Mais ce confort ne vient pas sans un prix! (La Tribune, 10 octobre 1929, p. 3)
Mais à Sherbrooke comme ailleurs, le stationnement a une étrange propriété: plus on en construit, plus il semble en manquer! Les deux terrains deviennent rapidement trop petits.
Il faut donc attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir apparaître un nouveau grand stationnement municipal, sur le terrain qui constitue aujourd’hui la partie la plus au sud de la Grenouillère, près de la rue King.
Et justement, savez-vous pourquoi on appelle cet endroit la Grenouillère? Rien à voir avec les automobilistes qui tournent en rond à la recherche d’une place! Dans les années 1850 et jusqu’à la fin du 19e siècle, le secteur est occupé par un étang où vivent de nombreuses grenouilles. Les anglophones l’appellent alors Frog Pond. Par la suite, le nom français de Grenouillère finira par s’imposer.
Après la Deuxième Guerre mondiale, le problème s’intensifie. En 1953, le conseil municipal se montre favorable à l’installation de parcomètres sur la rue Wellington, à condition que les revenus servent à améliorer les rues. On suppose aussi à l’époque que les parcomètres favoriseront la rotation des voitures sur ces cases de stationnement.
Jusqu’à la fin des années 1950, le stationnement sur la rue Wellington demeure gratuit, mais limité à de courtes périodes, généralement de 15 à 30 minutes. La stratégie est classique dans les villes nord-américaines: permettre aux clients de se garer brièvement afin de favoriser les commerces.
Le problème, c’est que le nombre de voitures continue d’augmenter. Les automobilistes qui cherchent une place ralentissent la circulation, tandis que ceux qui ont trouvé une place voudraient idéalement y rester toute la journée.
En 1958, la Ville acquiert donc les terrains situés entre les rues du Dépôt et Wellington Sud pour y aménager un stationnement étagé. Il est finalement ouvert au public en 1961. La même année, les parcomètres sont généralisés au centre-ville. Ils ne sont pas accueillis avec enthousiasme. On les surnomme rapidement les «épouvantails à voitures», puisqu’on croit qu’ils feront fuir les automobilistes. L’effet rébarbatif est toutefois de courte durée.
Au final, les voitures et les stationnements se sont fait une place dans notre histoire locale… Mais aussi dans le paysage urbain, au prix de quelques soupirs d’exaspération et d’efforts d’aménagement du centre-ville!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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