Bonjour M. Hist,
Je passe souvent devant la résidence Le Monastère sur la rue de l’Ontario, et j’aimerais entendre son histoire. Était-ce vraiment un monastère?
Claudette
Chère Claudette,
Quand on passe devant la résidence Le Monastère, sur la rue de l'Ontario, on peut facilement se demander si des moines y ont déjà vécu dans le silence. La réponse courte est oui… mais avec quelques nuances.
Le Monastère n’était pas un monastère au sens médiéval du terme, avec des moines cloîtrés recopiant des manuscrits à la chandelle. Il s’agissait plutôt de la maison religieuse des Pères Rédemptoristes, un ordre catholique très actif dans la vie sociale et religieuse du Sherbrooke du début du 20e siècle.
Pour comprendre son apparition dans le paysage sherbrookois, il faut replonger dans une époque où l’Église catholique occupait une grande place dans la société québécoise. Imaginez qu’à Sherbrooke, entre 1871 et 1931, la pratique religieuse passe d’environ 61% à près de 80% au sein de la population. Avant 1909, Sherbrooke ne compte pourtant que deux paroisses catholiques importantes, autour de la cathédrale Saint-Michel sur le plateau Marquette, et aux environs de l’église Saint-Jean-Baptiste dans l’Est de la ville.
Le quartier Nord, aujourd’hui le Vieux-Nord, est pendant longtemps un secteur majoritairement anglophone et protestant. L’arrivée des Rédemptoristes en 1913 marque donc une étape importante dans l’expansion du catholicisme dans ce secteur.
Ainsi, tout commence réellement en 1912. Les Rédemptoristes achètent alors la propriété du manufacturier W. Webster, un fabricant de cigares bien connu à l’époque. Avec le bâtiment viennent aussi quelque 30 acres de terrain. Le site est immense et offre beaucoup de possibilités. Entre 1911 et 1913, plusieurs constructions sortent de terre: une chapelle publique, un oratoire et surtout le fameux monastère, qui sert en réalité de résidence et de maison de formation pour les religieux! Les Pères y construisent également leur noviciat, c’est-à-dire l’endroit où les futurs membres de l’ordre viennent apprendre la vie religieuse avant de prononcer leurs vœux.
Ne vous y trompez pas: la rue «Beckett» indiquée sur ce plan de 1953 est en réalité la rue qui portera le nom Desgagné, en l’honneur du père Paul-Émile Desgagné (1909-1994), Rédemptoriste, recteur et curé de la paroisse de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours de 1956 à 1958. (Photo plan d’assurance-incendie de la Ville de Sherbrooke, 1953)
Ne vous y trompez pas: la rue «Beckett» indiquée sur ce plan de 1953 est en réalité la rue qui portera le nom Desgagné, en l’honneur du père Paul-Émile Desgagné (1909-1994), Rédemptoriste, recteur et curé de la paroisse de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours de 1956 à 1958. (Photo plan d’assurance-incendie de la Ville de Sherbrooke, 1953)
Le tout est conçu par l’architecte Louis-Napoléon Audet, un nom réputé dans l’histoire architecturale sherbrookoise, en particulier pour son travail sur la cathédrale Saint-Michel en chantier pendant presque la moitié du 20e siècle. Son style donne au complexe une allure imposante et élégante qui attire encore aujourd’hui le regard.
Le 1er mai 1913, une première messe est célébrée sur place par le père Pierre Girard à l’église paroissiale localisée à l’extrémité nord du bâtiment.
Le complexe continue ensuite de grandir. En 1922, les Rédemptoristes ajoutent la Villa Saint-Alphonse, une maison de retraite fermée destinée aux hommes. Le lieu sert à accueillir des retraites spirituelles dans un cadre calme et retiré. À l’époque, plusieurs hommes viennent y passer quelques jours de silence et de réflexion.
En décembre 1948, l’église des Pères Rédemptoristes nouvellement construite devient officiellement le cœur de la nouvelle paroisse de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Les religieux en assurent à la fois l’administration et les activités pastorales. Pendant des décennies, des générations de Sherbrookois y assistent aux messes, aux baptêmes et aux mariages. À partir des années 1960, la paroisse accompagne l’essor du quartier qui s’étend au nord de la rue Desgagné, un secteur que l’on commence à désigner comme le «Nouveau Nord».
Vues aériennes de l'église du Perpétuel-Secours et des rues environnantes dans le milieu des années 1960. À ce moment-là, le «Nouveau Nord» est déjà en expansion, et les rues sont ouvertes jusqu’à la rue Lachance. Dans les anciens jardins boisés du monastère se trouvent les édifices de condominiums de Place Condonia, bâtis dans les années 1980. (Photo Fonds Jacques Darche, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Vues aériennes de l'église du Perpétuel-Secours et des rues environnantes dans le milieu des années 1960. À ce moment-là, le «Nouveau Nord» est déjà en expansion, et les rues sont ouvertes jusqu’à la rue Lachance. Dans les anciens jardins boisés du monastère se trouvent les édifices de condominiums de Place Condonia, bâtis dans les années 1980. (Photo Fonds Jacques Darche, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Les Rédemptoristes demeurent sur place jusqu’en 1987. Mais dès le début des années 1980, la diminution du nombre de religieux frappe durement plusieurs communautés catholiques au Québec. Les grands bâtiments deviennent difficiles à entretenir avec un personnel réduit. Le Monastère finit donc par être vendu en 1984.
Dès l’année suivante, l’ancien bâtiment religieux connaît une nouvelle vie. Il est transformé en résidence pour personnes âgées autonomes et semi-autonomes.
Le Monastère compte aujourd’hui plusieurs dizaines de chambres et d’appartements répartis dans trois bâtiments, tout en conservant une partie de son caractère historique.
Ainsi, même si Le Monastère n’abritait pas des moines enfermés derrière des murs de pierre à copier des textes en latin, il a bel et bien été un important centre religieux catholique pendant plus de 70 ans. Et avouons-le: transformer un ancien monastère en résidence paisible pour retraités, c’est peut-être la reconversion la plus logique possible. Après tout, dans les deux cas, on y recherche surtout un peu de tranquillité… et probablement de bons voisins pas trop bruyants!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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