Par M. Hist - Musée d'histoire de Sherbrooke
M. Hist,
Il y avait un magasin «Mozart» je crois sur la rue Wellington. Est-il resté là longtemps? Qu’est-ce qu’on y trouvait? Merci pour les chroniques.
Monique
Chère Monique,
Vous avez bonne mémoire! Un magasin Mozart a bel et bien marqué la rue Wellington. Pendant près de 30 ans, il a fait partie du décor commercial du centre-ville.
La maison-mère des magasins Mozart est située à Québec; bien structurée, elle est capable d’essaimer en région. À titre d’exemple, la succursale de Sherbrooke ouvre ses portes le 8 avril 1938, au 96, rue Wellington Nord, à une époque où la rue Wellington est le cœur battant du commerce sherbrookois. On y flâne, on y magasine, on s’y rencontre.
Mais que trouvait-on chez Mozart, me demandez-vous? Rien à voir avec la musique, du moins pas dans l’offre qui y est proposée. D’abord et avant tout, chez Mozart, il y a des vêtements prêt-à-porter pour hommes et femmes: tailleurs élégants, complets bien coupés, manteaux chauds pour affronter nos hivers, complets, robes…
(Photo La Tribune, 20 mai 1938)
(Photo La Tribune, 20 mai 1938)
Les publicités de l’époque regorgent d’annonces vantant les manteaux et les ensembles à la mode. Le magasin propose aussi un rayon complet de lingerie féminine, preuve qu’il souhaite habiller sa clientèle de la tête aux pieds.
Mozart ne s’adresse pas qu’aux adultes. On y trouve également un «centre des jeunes», une section destinée aux enfants et aux adolescents.
La Tribune du 13 septembre 1952 le proclame avec enthousiasme: les familles «peuvent habiller leurs enfants des pieds à la tête, du berceau à l’Université». Voilà une promesse ambitieuse! On imagine les parents sherbrookois y entrer avec un bambin… et en ressortir prêts pour la collation des grades.
Pour le magasin de Sherbrooke, le succès est au rendez-vous. À la fin de l’année 1952, il prend de l’expansion et ajoute 4500 pieds carrés (1400 mètres carrés) à sa surface. Ce n’est pas rien! Mozart se présente alors fièrement comme «le plus important magasin à rayons des Cantons-de-l’Est».
L’expression n’est pas timide: on parle ici d’un véritable magasin à rayons, dans la grande tradition des commerces urbains du milieu du 20e siècle.
Le nouvel espace aménagé au sous-sol élargit considérablement l’offre. En plus des vêtements, on y trouve désormais un rayon d’appareils électriques: réfrigérateurs, radios, poêles, grille-pains, appareils de télévision, fers à repasser… Sans oublier la vaisselle et la coutellerie.
Des choix vestimentaires pour hommes, femmes, enfants, sans compter les produits de décoration, les appareils électroniques… Tout ça dans le même magasin! (Photo La Tribune, 20 mai 1938)
Des choix vestimentaires pour hommes, femmes, enfants, sans compter les produits de décoration, les appareils électroniques… Tout ça dans le même magasin! (Photo La Tribune, 20 mai 1938)
En somme, on peut ressortir avec un complet neuf, une robe élégante, un grille-pain rutilant et, pourquoi pas, un téléviseur pour écouter les nouvelles du soir. Mozart devient ainsi bien plus qu’une boutique de vêtements: c’est un lieu où l’on équipe sa maison et sa famille au complet. En somme, un précurseur des Woolco et Walmart de ce monde…
Quant aux propriétaires, le nom Steinman est associé à l’entreprise. À Trois-Rivières, le magasin Mozart appartient aux frères Max et Irving Steinman. À Sherbrooke, dans les années 1950, la direction est assurée par M. L. Steinman. La famille Steinman est d’origine juive et s’inscrit dans cette vague de commerçants établis au Québec entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle, contribuant activement au dynamisme commercial des centres-villes.
Ici, à Sherbrooke, peut-être avez-vous déjà circulé sur la rue Ralph-Steinman, nommée en l’honneur d’un immunologiste et prix Nobel de médecine (2011) qui a justement passé une partie de sa jeunesse au magasin Mozart de la rue Wellington.
Enfin, la disparition du magasin vers 1967-1968 coïncide avec les grandes transformations du commerce: essor des centres d’achats, changements dans les habitudes de consommation, déplacement progressif du pôle commercial hors du centre-ville. Comme bien d’autres enseignes de la rue Wellington, Mozart aura connu des années fastes avant de tirer sa révérence. Une carrière honorable d’une trentaine d’années dans le monde parfois impitoyable du commerce de détail!
Finalement, ce «Mozart» n’a pas seulement vendu de la mode: il a accompagné toute une époque. Et si son nom évoque un compositeur célèbre, à Sherbrooke, il a surtout orchestré quelques décennies bien rythmées de magasinage au centro!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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