Dans les années 1950, les vacances peuvent être reposantes pour certains alors que d’autres osent le ski nautique sur le lac Massawippi, à North Hatley. (Photo Fonds Henry Lyle Quilliams, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Dans les années 1950, les vacances peuvent être reposantes pour certains alors que d’autres osent le ski nautique sur le lac Massawippi, à North Hatley. (Photo Fonds Henry Lyle Quilliams, Musée d’histoire de Sherbrooke)

M. Hist,

Nous sommes en pleines vacances de la construction au Québec, pouvez-vous nous dire depuis quand ces vacances existent?

Fanny

Chère Fanny,

Nous prenons souvent les vacances pour acquises, alors que votre question permet de nous replonger dans une histoire pas si lointaine où prendre quelques jours de repos relevait presque du rêve pour une grande partie de la population.

La popularisation de la voiture et l’arrivée des autoroutes permettent de prendre des vacances un peu plus loin. À l’été 1946, ce petit groupe s’est déplacé à Crawford Notch, au New Hampshire. (Photo Fonds Carmen Fortier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

La popularisation de la voiture et l’arrivée des autoroutes permettent de prendre des vacances un peu plus loin. À l’été 1946, ce petit groupe s’est déplacé à Crawford Notch, au New Hampshire. (Photo Fonds Carmen Fortier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Dans les villes industrielles comme Sherbrooke, où les usines rythment le quotidien depuis le milieu du 19e siècle, les ouvriers travaillent généralement six jours par semaine. Les journées dépassent fréquemment dix heures et les semaines avoisinent les 60 heures de travail. Le temps libre est rare et les loisirs encore davantage. Pour la majorité des familles, le dimanche constitue la seule véritable pause, et ce, grâce à une loi.

Ce n'est pas un hasard si le gouvernement du Québec intervient dès 1885 en confirmant le repos obligatoire du dimanche. Bien sûr, cette mesure s'inscrit dans une société où la religion occupe une place centrale, mais derrière les considérations spirituelles se cache aussi une réalité sociale: les travailleurs ont besoin de reprendre leur souffle.

Cette première loi ne protège toutefois pas tout le monde. Avec l'industrialisation rapide et la diversification des emplois, plusieurs catégories de travailleurs échappent encore à cette réglementation. Une nouvelle loi est donc adoptée en 1907, puis élargie en 1918 afin d'offrir cette protection à un plus grand nombre de salariés. Lentement, le principe du temps de repos commence à s'imposer dans la société québécoise.

Vous me direz qu’une journée par semaine, ce n’est pas des vacances et vous aurez bien raison. À cette époque, partir en vacances demeure un privilège réservé aux familles aisées. Les industriels, les commerçants prospères ou les professionnels peuvent se permettre quelques semaines dans notre propre région, au bord du fleuve ou même dans les stations balnéaires américaines. Pour l'ouvrier sherbrookois, en revanche, l'idée même d'une semaine de vacances payées semble encore lointaine.

Un des symboles de vacances est sûrement le fameux feu de camp! Madeleine Letellier et Fernand Larrivée sont à la cuisson de leur maïs. Photo vers 1950. (Photo Fonds de la famille Letellier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Un des symboles de vacances est sûrement le fameux feu de camp! Madeleine Letellier et Fernand Larrivée sont à la cuisson de leur maïs. Photo vers 1950. (Photo Fonds de la famille Letellier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Il faut attendre en 1946, à la suite d’une ordonnance générale de la Commission sur le salaire minimum, pour que les travailleuses et travailleurs du Québec bénéficient d’une première semaine de congé payé. La mesure s’adresse spécifiquement aux personnes ayant offert un an de service continu. Les travailleurs qui n'ont pas encore atteint ce seuil obtiennent également une demi-journée de congé pour chaque mois travaillé.

Sur cette section de la «Carte des vacances» de Brading, de 1948, les illustrations donnent aux touristes un portrait de nos principales attractions. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Sur cette section de la «Carte des vacances» de Brading, de 1948, les illustrations donnent aux touristes un portrait de nos principales attractions. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Ainsi, le fameux 2% de vacances accumulées tout le long de l’année permet cette première semaine de congé. Le pourcentage va passer à 4% en 1968, donc une deuxième semaine! On s’approche ainsi des vacances de la construction. En fait, c’est grâce aux négociations et aux pressions syndicales qu’une nouvelle loi est adoptée en 1970 pour établir formellement les vacances de la construction. Un décret stipule même que ce sont les deux dernières semaines de juillet qui forment ces «nouvelles vacances» normalisées.

Depuis les années 1970, 20 à 25% des travailleurs du Québec prennent congé (forcé ou non) durant cette période. Ils prennent d’assaut, par le fait même, les autoroutes, les hôtels et les campings pour se donner un véritable temps de repos.

Et, à Sherbrooke comme ailleurs au Québec, les entreprises aussi doivent planifier ces vacances, en ajustant leurs opérations et en tenant compte des congés de leurs employés. Les commerces, les attractions touristiques et même les municipalités adaptent leurs activités à cette réalité.

Le secteur du Petit lac Magog est un lieu de prédilection pour les vacances. L’Hôtel Beau Site offre des commodités des plus rafraîchissantes. (Photo Fonds Rosario Cousineau, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le secteur du Petit lac Magog est un lieu de prédilection pour les vacances. L’Hôtel Beau Site offre des commodités des plus rafraîchissantes. (Photo Fonds Rosario Cousineau, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Soit dit en passant, le Québec figure parmi les premiers territoires nord-américains à reconnaître légalement le droit aux vacances payées: il est innovateur. En effet, les vacances de la construction n’existent pas ailleurs au Canada, elles sont uniques à la Belle Province, pour le meilleur ou pour le pire.

Ainsi, depuis plus de 50 ans, cette période de vacances raconte l’évolution du monde du travail, les réalités familiales et une profonde transformation de notre société. En un peu plus d'un siècle, nous sommes passés d'un monde où le dimanche représentait pratiquement l'unique journée de repos à une société où les vacances annuelles sont indissociables de notre qualité de vie.

Lorsque des milliers de personnes travaillant au Québec prennent la route vers les plages, les campings ou les montagnes, durant les semaines de la construction, ils perpétuent l'une des plus importantes conquêtes sociales du 20e siècle.

Les vacances ne sont pas seulement une parenthèse dans l'année. Elles rappellent que le temps libre, comme bien d'autres droits dont nous profitons aujourd'hui, est le résultat de longues revendications, de nombreuses avancées et d’une unicité bien québécoise.

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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