L’intérieur du 40 rue Wellington Nord dans les années 1920. La marchandise est encore luxueuse et assez onéreuse: on y trouve, en plus des fourrures et dans le décor d’animaux empaillées, des foulards à 9$ et 12$ «Fox Chokers». (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

L’intérieur du 40 rue Wellington Nord dans les années 1920. La marchandise est encore luxueuse et assez onéreuse: on y trouve, en plus des fourrures et dans le décor d’animaux empaillées, des foulards à 9$ et 12$ «Fox Chokers». (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Bonjour,

Je sais que le commerce J. A. Robert était établi sur la rue Wellington Nord dans les années 1950-1960. Mais avant ces années-là, ce commerce a-t-il déjà été situé sur la rue King Ouest, entre les rues Wellington et Grandes-Fourches?

Merci, Ginette

Chère Ginette,

La réponse simple est: oui! Et, vous vous doutez que nous n’arrêterons pas là dans la présentation de cet illustre magasin. Car, en plus de s’établir durablement sur la rue Wellington Nord, le commerce de fourrures J. A. Robert a bel et bien eu des activités sur la rue King Ouest. En plus, l’histoire de cette entreprise familiale, qui a habillé les Sherbrookoises pendant plus d’un siècle, commence dans un autre lieu.

Joseph-Albert Robert est le fondateur de l’entreprise J. A. Robert Limitée. Son fils, René Robert, reprend ensuite les rênes de la compagnie de fourrures, suivi par Louis Robert, le dernier propriétaire de l’entreprise. (Fonds Jean-Guy Dubois, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Joseph-Albert Robert est le fondateur de l’entreprise J. A. Robert Limitée. Son fils, René Robert, reprend ensuite les rênes de la compagnie de fourrures, suivi par Louis Robert, le dernier propriétaire de l’entreprise. (Fonds Jean-Guy Dubois, Musée d’histoire de Sherbrooke)

C’est en 1909 que Joseph-Albert Robert, initié aux techniques de fabrication de manteaux de fourrure et de chapeaux dans la région de Montréal, choisit Sherbrooke pour lancer son entreprise. Sa première boutique ouvre au 142, rue Wellington. Elle déménage plusieurs fois sur le côté nord de la même rue: au 69 l’année suivante, puis au 135 en 1916 et au 131 en 1917. En 1925, le commerce trouve un emplacement le plus durable au 40, rue Wellington Nord

Les débuts sont toutefois assez difficiles. À l’époque, la fourrure est un produit de luxe. Le premier manteau vendu par J. A. Robert coûte 85$, alors qu’un journalier gagne moins d’un dollar de l’heure.

Autant dire qu’il faut économiser quelques paies avant de pouvoir se payer un tel vêtement! La clientèle est donc surtout composée de familles aisées. En 1916, l’entreprise connaît une faillite, mais son fondateur ne baisse pas les bras et relance son commerce.

Voici à quoi ressemblait la première boutique de fourrure J. A. Robert au 142, rue Wellington. Le magasin fait le commerce de «fourrures faites à l’ordre» (Furs made to order) pour une clientèle exigeante. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Voici à quoi ressemblait la première boutique de fourrure J. A. Robert au 142, rue Wellington. Le magasin fait le commerce de «fourrures faites à l’ordre» (Furs made to order) pour une clientèle exigeante. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Peu à peu, la maison J. A. Robert se bâtit une réputation fondée sur l’honnêteté, la probité et la droiture. Son offre évolue aussi. D’abord destinée aux femmes, la boutique propose également des vêtements pour hommes à partir de 1914, avant de revenir vers 1930 à une gamme exclusivement féminine. On y trouve notamment de la lingerie et des vêtements de sport, mais la fourrure demeure le cœur de l’entreprise.

Les archives de l’entreprise fondée par J. A. Robert sont maintenant conservées au Musée d’histoire de Sherbrooke, y compris plusieurs objets, notamment ce moule à chapeau de fourrure fait en bois. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les archives de l’entreprise fondée par J. A. Robert sont maintenant conservées au Musée d’histoire de Sherbrooke, y compris plusieurs objets, notamment ce moule à chapeau de fourrure fait en bois. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Mais revenons à la rue King Ouest, qui joue un rôle important dans cette histoire. En réalité, entre 1944 et 1949, l’entreprise fait construire au 310, rue King Ouest une nouvelle voûte réfrigérée pouvant accueillir jusqu’à... 10 000 manteaux! Il ne s’agit pas simplement d’un entrepôt: on y conserve les fourrures au frais et on les fumige selon le procédé «Polar Bear» afin de mieux les protéger.

Sur la rue King, on trouve la voûte polaire qui ouvre ses portes en 1948. C’est ici qu’est offert le service de soin particulier, le «Polar Fur Care» proposé par J. A. Robert. L’édifice est malheureusement aujourd’hui disparu. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Sur la rue King, on trouve la voûte polaire qui ouvre ses portes en 1948. C’est ici qu’est offert le service de soin particulier, le «Polar Fur Care» proposé par J. A. Robert. L’édifice est malheureusement aujourd’hui disparu. (Fonds J. A. Robert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les manteaux, après tout, n’aiment pas seulement être portés, ils apprécient aussi qu’on prenne soin d’eux entre deux hivers!

Ce système ultra-moderne comporte une ventilation, une réfrigération et un procédé de fumigation qui garantit un soin maximal pour ces vêtements fragiles.

La boutique de la rue Wellington ferme en 1965; les activités se concentrent alors sur King Ouest. Le petit commerce des débuts a progressivement fait place à une salle de montre plus imposante, accompagnée d’un atelier de confection. L’entreprise mise sur un service complet: création, vente, entretien, nettoyage et entreposage des manteaux de fourrure. Les publicités dans les journaux mettent régulièrement en valeur cette expertise et des prix présentés comme abordables.

L’entrepôt frigorifique de J. A. Robert, ce véritable symbole du «siècle des merveilles» (rien de moins!), ouvre ses portes sur la rue King Ouest en 1948. Ce qu’il offre aux heureux détenteurs – et heureuses détentrices – de fourrures: un espace contrôlé et moderne où remiser et protéger leurs vêtements en précieuse fourrure. (La Tribune, 27 mars 1948, p.8-9)

L’entrepôt frigorifique de J. A. Robert, ce véritable symbole du «siècle des merveilles» (rien de moins!), ouvre ses portes sur la rue King Ouest en 1948. Ce qu’il offre aux heureux détenteurs – et heureuses détentrices – de fourrures: un espace contrôlé et moderne où remiser et protéger leurs vêtements en précieuse fourrure. (La Tribune, 27 mars 1948, p.8-9)

Joseph-Albert Robert a donc lancé son commerce sur la rue Wellington, mais la rue King Ouest a ensuite accueilli des installations essentielles à son développement, avant de devenir le principal lieu de ses activités après 1965.

La dernière génération de la famille est représentée par Louis Robert. En 2017, faute de relève familiale et dans un contexte de déclin du marché de la fourrure, il doit fermer l’entreprise après 108 ans d’existence.

Les manteaux invendus sont transférés à Diversimanto, l’autre fournisseur de fourrures de la région… qui malheureusement ferme à son tour en 2020.

Ainsi se termine l’histoire d’une maison qui a traversé les modes, les générations et les changements de rues. Si les fourrures ne sont plus aussi populaires aujourd’hui, l’histoire de cette entreprise nous rappelle qu’un commerce peut laisser une trace bien plus durable que son enseigne: celle du travail et du savoir-faire d’une famille. Voilà un héritage qui, lui, n’a pas besoin d’être conservé au frais… sauf peut-être dans les archives du Musée d’histoire! 

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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