Par M. Hist - Musée d'histoire de Sherbrooke
Cher M. Hist,
Je me suis promené dans le boisé en périphérie de l’Hôpital (CHUS) Fleurimont et j’ai remarqué une vieille clôture qui ne semblait pas être utilisée depuis longtemps. Pouvez-vous me dire si, historiquement, il y avait un objectif à clôturer la cour de l’hôpital, un lieu «loin» du centre-ville?
Michel
Cher Michel,
Voilà une question des plus pertinentes! Elle permet de nous pencher dans l’histoire de l’hôpital de l’ancien secteur de Fleurimont. La question est d’autant plus intéressante que plusieurs personnes sont nées, travaillent ou fréquentent le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.
Vous nous dites que vous vous êtes aventuré dans les bois autour de l’hôpital? Vous serez surpris de voir ce que cachent ces sentiers. En effet, aux abords de la Maison Aube-Lumière, on trouve un petit chemin sinueux qui circule entre les arbres et une vieille clôture en fer laissée à l’abandon. C’est le vestige d’une première version de l’hôpital de Fleurimont. Un point de départ pour l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui.
Le terrain avant la construction du Pavillon Saint-Georges. L’endroit semble bien vide sans le CHUS dans le décor! (Photo La Tribune, 5 mars 1960)
Le terrain avant la construction du Pavillon Saint-Georges. L’endroit semble bien vide sans le CHUS dans le décor! (Photo La Tribune, 5 mars 1960)
Sachez qu’on a pour projet de construire un hôpital à cet endroit bien éloigné du centre-ville depuis 1954. Pourtant, à l’origine, l’idée n’est pas de bâtir un centre de soins comme nous le connaissons aujourd’hui, mais plutôt un édifice qui doit porter le nom de pavillon Saint-Georges… et qui doit accueillir entre 1000 et 1500 patients qui souffrent de troubles mentaux.
Le nouveau pavillon est considéré comme un hôpital «à sécurité maximum». Ainsi, la sécurité est une priorité essentielle de ce site: c’est pour cela qu’une clôture est installée autour du périmètre de l’hôpital!
Vous vous demandez ce qui a motivé le choix de l’emplacement de ce pavillon, loin du cœur de la ville? Tout simplement parce qu’à l’époque, les hôpitaux accueillant des malades contagieux ou des patients souffrant de troubles mentaux sont mis à l’écart de la ville pour la sécurité de la population. Justement, si vous aviez eu la picote (comme on le dit si bien ici), vous auriez pu vous faire soigner à «l’hôpital des picotés»!
Au milieu des années 1960, c’est sur ces dessins d’architecte que le pavillon Saint-Georges doit prendre forme. Vous reconnaîtrez peut-être la forme, le style et le nombre d’étages de la plus vieille partie du CHUS. (Photo Collection Musée d’histoire de Sherbrooke)
Au milieu des années 1960, c’est sur ces dessins d’architecte que le pavillon Saint-Georges doit prendre forme. Vous reconnaîtrez peut-être la forme, le style et le nombre d’étages de la plus vieille partie du CHUS. (Photo Collection Musée d’histoire de Sherbrooke)
De la fin des années 1870 au début des années 1950, l’Hôpital civique, de son vrai nom, accueille et soigne les malades atteints de maladies contagieuses comme la petite vérole ou la scarlatine. Situé sur le chemin Drummond (actuelle rue Galt Ouest), un peu après la rue Kingston, il est, durant quelques décennies, dans un secteur isolé, en périphérie de la ville. Choix logique puisque l’objectif était d’éviter la propagation des maladies dans la population. En fait, chaque hôpital de la ville a été installé avec cette stratégie; le développement urbain les a toutefois rattrapés plus ou moins rapidement, comme le démontre le paysage actuel.
Il est difficile de reconnaître le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui si bien sur cette esquisse qui ne montre que la structure originale de l’hôpital. (Photo La Tribune, 12 janvier 1962)
Il est difficile de reconnaître le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui si bien sur cette esquisse qui ne montre que la structure originale de l’hôpital. (Photo La Tribune, 12 janvier 1962)
Mais revenons-en à notre pavillon Saint-Georges. En 1954, au moment où le gouvernement de l’Union nationale de Maurice Duplessis annonce la construction de l’hôpital, le projet est estimé à environ 15 millions de dollars. Mais hélas, les travaux prennent du retard. Ils ne commencent que six ans plus tard, au printemps 1960! Cette attente ne mènera finalement pas à grand-chose, puisque les travaux sont interrompus dès juin, à la suite de l’arrivée au pouvoir du Parti libéral. Avec ce changement de gouvernement surviennent aussi des changements d’orientation: le traitement des maladies mentales est repensé. Pour le pavillon Saint-Georges, cela signifie la fin de cette volonté d’un grand centre psychiatrique. Des rumeurs mentionnent même l’abandon du projet pourtant déjà en cours. De son côté, le premier ministre Jean Lesage souhaite plutôt que le site soit transformé en un centre de soins de santé qui ne soit pas restreint aux soins psychiatriques.
L’idée de l’hôpital universitaire voit enfin le jour sous la gouverne du premier doyen de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke: M. Gérard-Ludger Larouche. (Photo La Tribune, 16 octobre 1963)
L’idée de l’hôpital universitaire voit enfin le jour sous la gouverne du premier doyen de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke: M. Gérard-Ludger Larouche. (Photo La Tribune, 16 octobre 1963)
C’est à ce moment que l’histoire de l’hôpital du CHUS Fleurimont commence à être étroitement liée à l’Université de Sherbrooke. Dès 1956, un mémoire démontre la pertinence d’une faculté de médecine dans la région. Dans les tergiversations du projet du pavillon Saint-Georges, le gouvernement offre même le lieu pour la nouvelle faculté. Toutefois, au départ, l’Université décline l’offre pour des raisons de coûts d’aménagement et pour ne pas diviser le campus. Après des années de négociations, le pavillon Saint-Georges se transforme malgré tout en un centre universitaire.
En 1965, il est finalement renommé «Clinique de l’Université de Sherbrooke», puis les premiers cours sont offerts en 1966… loin du campus principal.
Les ministres Jean Charest et Monique Gagnon-Tremblay donnent un coup de main, symbolique mais très officiel, au lancement de l’héliport près du CHUS. (Photo Fonds de La Tribune, Musée d’histoire de Sherbrooke)
Les ministres Jean Charest et Monique Gagnon-Tremblay donnent un coup de main, symbolique mais très officiel, au lancement de l’héliport près du CHUS. (Photo Fonds de La Tribune, Musée d’histoire de Sherbrooke)
À travers le temps, le projet a eu le temps de changer de visage. Mais ce n’est pas la fin du développement de l’institution! La création du centre de recherches cliniques du CHUS en 1980 et les nombreux projets d’agrandissement de ces dernières décennies démontrent la grande vitalité et la nécessité du site. Aujourd’hui, le centre hospitalier s’agrandit encore: notamment avec le nouveau pavillon Enfant Soleil, qui, après une longue attente, ouvre enfin ses portes.
La clôture bordant le boisé derrière l’hôpital n’a, en fin de compte, servi à rien. Elle fait tout de même partie intégrante de l’histoire de l’établissement… et sert à attiser l’intérêt des curieux qui iront s’aventurer dans les sentiers du CHUS Fleurimont à l’avenir!
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Cynthia Beaulne, La Tribune
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