Le réseau de tramway sherbrookois desservait Lennoxville, le Nord et l’Est jusqu’au parc Victoria, visible sur cette photo de 1911. L’abandon de ce moyen de transport a nécessité de sacrés aménagements pour les habitants les plus périphériques! (Photo Collection Gérard Auray, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le réseau de tramway sherbrookois desservait Lennoxville, le Nord et l’Est jusqu’au parc Victoria, visible sur cette photo de 1911. L’abandon de ce moyen de transport a nécessité de sacrés aménagements pour les habitants les plus périphériques! (Photo Collection Gérard Auray, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le réseau de tramway sherbrookois desservait Lennoxville, le Nord et l’Est jusqu’au parc Victoria, visible sur cette photo de 1911. (Photo Collection Gérard Auray, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Le réseau de tramway sherbrookois desservait Lennoxville, le Nord et l’Est jusqu’au parc Victoria, visible sur cette photo de 1911. (Photo Collection Gérard Auray, Musée d’histoire de Sherbrooke)

M. Hist,

C’est l’heure de prendre des résolutions pour la nouvelle année… Je voulais savoir si notre ville a connu des changements importants lors des 1
ers janvier précédents.

Marie-Hélène

Chère Marie-Hélène,

Ah, les résolutions! Arrêter le sucre ou la cigarette, méditer cinq minutes par jour, aller davantage au musée… À Sherbrooke, certaines résolutions du Nouvel An ont été plus spectaculaires et surtout, elles ont tenu beaucoup plus longtemps que nos traditionnelles promesses de salle de gym. Venez jeter un œil!

Prenons par exemple le 1er janvier 1889, un jour où Sherbrooke a décidé de briller… littéralement! Pour la première fois, les rues de la ville sont éclairées à l’électricité. Cinquante-deux lampes publiques s’allument, opérées par la Sherbrooke Gas and Water Co., chacune d’une puissance équivalente à 20 becs de gaz. Une comparaison qu’on a de la difficulté à comprendre aujourd’hui.

Quoi qu’il en soit, les rues se mettent à scintiller, les passants redécouvrent les trottoirs et l’hiver paraît tout à coup un peu moins sombre. Un éclairage «complet» en plein hiver, le soir du Nouvel An, voilà une résolution lumineuse!

Au début de l’année 1889, la lumière électrique fait une arrivée remarquée à Sherbrooke. Désormais, «on voit briller les petits soleils artificiels» le long des rues du centre-ville, pour le plus grand bonheur des citoyens… et des commerçants! (photo Le Pionnier de Sherbrooke, 1er janvier 1889)

Au début de l’année 1889, la lumière électrique fait une arrivée remarquée à Sherbrooke. Désormais, «on voit briller les petits soleils artificiels» le long des rues du centre-ville, pour le plus grand bonheur des citoyens… et des commerçants! (photo Le Pionnier de Sherbrooke, 1er janvier 1889)

Quelques décennies plus tard, un autre 1er janvier transformera radicalement la vie des Sherbrookois. Mais cette fois, quelque chose s’éteint. Le 1er janvier 1932, c’est la fin des tramways: Sherbrooke devient même la première ville au Canada à remplacer totalement son réseau de tramways par des autobus. Cela n’a rien d’une coïncidence festive: derrière cette décision se cache un conflit entre la municipalité et la Sherbrooke Street Railway Co. Depuis des semaines, les négociations piétinent. Souvenez-vous: la Compagnie demande une subvention mensuelle et une fourniture d’électricité gratuite pour maintenir son service, tandis que la Ville refuse d’investir davantage dans le réseau (voir aussi: La révolution des tramways électriques transforme Sherbrooke). Le 28 décembre, le verdict tombe: «la Compagnie a résolu de cesser son service», annonce Me F. S. Rugg, l’avocat de l’entreprise.

Au terme de presque 35 ans d’exploitation, les tramways disparaissent soudainement du paysage sherbrookois. C’est au réseau des bus et taxis de prendre le relais, alors que les automobiles recommencent à emplir les rues auparavant desservies par les wagons du tramway. (Photo La Tribune, 28 décembre 1931)

Au terme de presque 35 ans d’exploitation, les tramways disparaissent soudainement du paysage sherbrookois. C’est au réseau des bus et taxis de prendre le relais, alors que les automobiles recommencent à emplir les rues auparavant desservies par les wagons du tramway. (Photo La Tribune, 28 décembre 1931)

Résultat: plus de tramway. Un choc! La Tribune, le 28 décembre 1931, ne mâche pas ses mots: «Les rues de Sherbrooke, sans tramway, ont perdu de leur animation», et sur la rue Wellington, «les gens ne se reconnaissent plus». Comme quoi, on peut faire des résolutions radicales… mais certaines sont plus faciles à annoncer qu’à avaler. Heureusement, l’autobus viendra un jour prendre le relais.

Si certains déplorent la disparition de la municipalité autonome qui les a vus naître ou grandir, pour d’autres, l’annonce de la fusion sonne comme une évidence. À la clé, une nouvelle identité, une entrée dans la ligue des «grandes municipalités» du Québec, et une promesse d’économies. (Photo La Tribune, 31 décembre 2001)

Si certains déplorent la disparition de la municipalité autonome qui les a vus naître ou grandir, pour d’autres, l’annonce de la fusion sonne comme une évidence. À la clé, une nouvelle identité, une entrée dans la ligue des «grandes municipalités» du Québec, et une promesse d’économies. (Photo La Tribune, 31 décembre 2001)

Et cela nous amène à un troisième 1er janvier historique, probablement le plus bouleversant de tous: le 1er janvier 2002, jour de la grande fusion municipale. Huit municipalités (Ascot, Bromptonville, Deauville, Fleurimont, Lennoxville, Rock Forest, Saint-Élie-d’Orford et Sherbrooke) se rassemblent pour ne devenir qu’une seule entité: la «nouvelle Ville de Sherbrooke». On crée alors d’immenses arrondissements, redessine les cartes, revoit les structures administratives, renforce l’identité régionale… et on tente d’expliquer aux gens pourquoi leur adresse change alors que leur maison n’a pas bougé d’un centimètre.

Avec la fusion municipale, un nouveau découpage territorial s’impose. On reconnaît sur cette carte de 2001 la division en districts et arrondissements que nous connaissons encore aujourd’hui. (Photo Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Avec la fusion municipale, un nouveau découpage territorial s’impose. On reconnaît sur cette carte de 2001 la division en districts et arrondissements que nous connaissons encore aujourd’hui. (Photo Fonds de la Ville de Sherbrooke, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Pour certains, ce fut une surprise; pour d’autres, une révolution. Et, comme toujours dans l’histoire municipale du Québec, il y eut discussions, débats et même tentatives de défusion. Vingt-cinq ans plus tard, et alors que certains demeurent aigris par ce regroupement, beaucoup reconnaîtront que cette union a permis à Sherbrooke de s’affirmer comme grande ville régionale.

Et surtout, ce même jour naît la toute nouvelle Société de transport de Sherbrooke (STS)… 70 ans après la fin mouvementée des tramways! Comme quoi, certaines résolutions prennent… un certain temps avant d’être tenues.

Alors, que retenir de tout ça? Qu’à Sherbrooke, le 1er janvier n’est pas qu’un lendemain de fête. C’est le moment où la ville décide de tourner une page, d’appuyer sur un interrupteur, ou carrément de se réinventer.

Et vous, quelle sera votre première résolution pour 2026? À part suivre chaque semaine la chronique de M. Hist dans La Tribune, assurément!

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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