Deux hommes effectuant des fouilles archéologiques. Le colonel K. E. Clayton Kennedy, à gauche, et Louis-Philippe Demers, à droite, dégagent les ruines d’une ancienne brasserie en 1966. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Deux hommes effectuant des fouilles archéologiques. Le colonel K. E. Clayton Kennedy, à gauche, et Louis-Philippe Demers, à droite, dégagent les ruines d’une ancienne brasserie en 1966. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

M. Hist, parlez-nous du trésor de Bossuet!

Jeanne (ainsi que d’autres nombreux lecteurs et lectrices)

Chère Jeanne, chers tous, chères toutes,

Vous avez été nombreux à me demander de vous parler de cette histoire! Le jour tant attendu est donc arrivé: oui, Sherbrooke a en effet son histoire de trésor caché! Peut-être avez-vous l’espoir de trouver l’indice décisif qui va enfin vous mettre sur le chemin de la fortune? C’est ce que nous allons voir.

L’infatigable Louis-Philippe Demers ne ménage pas ses efforts pour valoriser l’offre touristique, en particulier en mettant de l’avant l’histoire locale, mais aussi les légendes et mystères du coin! On le voit ici, examinant une pièce de monnaie contrefaite du 19e siècle. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

L’infatigable Louis-Philippe Demers ne ménage pas ses efforts pour valoriser l’offre touristique, en particulier en mettant de l’avant l’histoire locale, mais aussi les légendes et mystères du coin! On le voit ici, examinant une pièce de monnaie contrefaite du 19e siècle. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Comme toute bonne histoire sherbrookoise, celle-ci démarre dans les pages de La Tribune. Plus précisément, le 8 avril 1965, où il est question d’une «véritable chasse au trésor» qui aurait eu lieu dans les Cantons-de-l’Est.

Ce document n’est pas le premier qui se retrouve entre les mains de M. Demers… et il n’est certainement pas le dernier. Rien qu’en 1965, dans La Tribune, son nom est associé à la découverte d’un coffre trouvé dans la Saint-François (le 7 juin) et d’une pierre autochtone sculptée d’un bison (le 8 juillet)… Mais c’est probablement une histoire pour une prochaine chronique! (Photo La Tribune, 8 avril 1965)

Ce document n’est pas le premier qui se retrouve entre les mains de M. Demers… et il n’est certainement pas le dernier. Rien qu’en 1965, dans La Tribune, son nom est associé à la découverte d’un coffre trouvé dans la Saint-François (le 7 juin) et d’une pierre autochtone sculptée d’un bison (le 8 juillet)… Mais c’est probablement une histoire pour une prochaine chronique! (Photo La Tribune, 8 avril 1965)

Tenez-vous bien… D’après l’article, de vieilles lettres, signées par un certain J.-B. Bossuet auraient été trouvées dans la doublure d’une ancienne malle de voyage par deux jeunes enfants de Sherbrooke. Leur contenu? Un mystérieux trésor, perdu dans le naufrage du bateau Marie-Reine-des-Eaux, mais en possession d’un homme de passage à Hyatt’s Mills… Le nom de l’ancien hameau qui devait devenir, en 1818, Sherbrooke! Imaginez-vous?

Peu après le moment de leur découverte, les curieuses lettres ont été confiées pour examen à un personnage important de l’histoire de Sherbrooke: Louis-Philippe Demers.

L’occasion est toute trouvée pour vous parler de ce personnage marquant de l’histoire locale. M. Demers est né à Sherbrooke le 18 mai 1912. Titulaire d’un baccalauréat en histoire de l’Université de Sherbrooke, on le connaît surtout à partir de 1953 comme le directeur de l’Office municipal du tourisme pour la Ville de Sherbrooke.

Membre de la Société d’histoire des Cantons-de-l’Est (notre actuel Musée d’histoire de Sherbrooke), ce personnage haut en couleur est aussi l’auteur de plusieurs livres, notes, «glanures» et recueils de documents sur Sherbrooke, les Cantons-de-l’Est et le Québec.

Un mois après la découverte des lettres de 1965, M. Demers fait entreprendre des recherches sur l’authenticité des documents. Des recherches qui resteront, si l’on peut dire, lettre morte.

Car oui, cher lectorat, je m’en veux de briser vos espoirs: mais il est fort probable que les lettres qui lancent la chasse au trésor de Bossuet soient fausses.

Comme Louis-Philippe Demers se plaît à le montrer sur cette carte de sa conception, les «trésors» de Sherbrooke sont d’abord ses lieux, ses grands personnages et ses hauts faits historiques. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Comme Louis-Philippe Demers se plaît à le montrer sur cette carte de sa conception, les «trésors» de Sherbrooke sont d’abord ses lieux, ses grands personnages et ses hauts faits historiques. (Photo Fonds Louis-Philippe Demers, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Voyez par vous-mêmes: elles sont écrites dans un français contemporain, mais datées de 1796, plusieurs décennies avant la vague d’émigration francophone dans la région… Elles sont aussi localisées à Hyatt’s Mill (sic) alors même que Gilbert Hyatt n’est pas encore parvenu au hameau qui portera son nom et deviendra Sherbrooke… Et que dire du nom de J.-B. Bossuet, qui n’est pas sans rappeler celui de Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), évêque, prédicateur et auteur classique français, tout comme Lafontaine et Molière, un référent facile et sans doute familier pour les jeunes élèves de l’époque.

Cette carte savante et fort bavarde, aux rives jonchées de dates et d’anecdotes historiques, est l’œuvre de l’Office municipal du tourisme et signée par Louis-Philippe Demers. C’est peut-être là sa véritable «carte au trésor»… (Photo extraite de la carte touristique et historique de la Ville de Sherbrooke par L.-P. Demers (1961), Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Cette carte savante et fort bavarde, aux rives jonchées de dates et d’anecdotes historiques, est l’œuvre de l’Office municipal du tourisme et signée par Louis-Philippe Demers. C’est peut-être là sa véritable «carte au trésor»… (Photo extraite de la carte touristique et historique de la Ville de Sherbrooke par L.-P. Demers (1961), Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

La leçon de cette histoire d’or perdu? Notre ami Louis-Philippe Demers n’était rien de moins qu’un grand passionné d’histoire locale.

Il vouait un franc amour à Sherbrooke, qu’il nommait son «patelin», au point parfois de manquer d’un peu de jugement critique… Même s’il n’avait pas son pareil pour trouver de magnifiques histoires pour attirer l’attention (et les touristes) vers notre belle ville.

On pardonne bien volontiers à cet amoureux fervent de l’histoire, qui laisse derrière lui des histoires fabuleuses, un vaste fonds d’archives au Musée d’histoire de Sherbrooke, et qui aura montré au long de sa carrière que tous les trésors ne sont pas faits d’argent et d’or.

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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