Les jeunes garçons et filles de la région s’élancent dans la nature des Cantons-de-l’Est. Ici, quelques Jeunes naturalistes à la fin des années 1960 au Centre Jouvence. (Photo Fonds Marc Richard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les jeunes garçons et filles de la région s’élancent dans la nature des Cantons-de-l’Est. Ici, quelques Jeunes naturalistes à la fin des années 1960 au Centre Jouvence. (Photo Fonds Marc Richard, Musée d’histoire de Sherbrooke)

M. Hist,

Avec le retour des beaux jours, je peux enfin prendre le temps d’aller prendre un bol d’air frais avec mes petits-enfants en campagne, écouter les oiseaux et étudier la flore. Cela me fait me souvenir de mes activités dans le Cercle des jeunes naturalistes de l’école LaRocque. Pouvez-vous nous rappeler cette histoire?

Jean-Claude

Cher Jean-Claude,

Ah, les Jeunes naturalistes! Voilà une tradition qui sent bon la mousse humide, les cahiers cornés et les bottes pleines de boue… et qui a marqué des générations d’écoliers estriens.

Remontons à 1931. C’est à ce moment que le frère Adrien Rivard donne le coup d’envoi aux Cercles des jeunes naturalistes (CJN), au sein de la Société canadienne d’histoire naturelle. L’idée ne sort pas de nulle part: elle naît à la suite d’un concours qui connaît un succès retentissant. On invite alors les enfants à présenter les plantes du Québec sous forme d’herbiers. Le grand gagnant remporte une bourse d’études. Rien de moins! Devant l’enthousiasme suscité, et avec l’appui du célèbre frère Marie-Victorin, le frère Adrien décide d’aller plus loin.

Son objectif? Sortir la science des laboratoires. À une époque où l’enseignement est encore très théorique, il propose de faire observer, de manipuler, d’expérimenter. Bref, d’apprendre dehors. Armés de jumelles, de carnets et parfois même de filets à papillons, les jeunes partent à la découverte de la faune, de la flore et de la géologie canadienne.

En 1963, les Jeunes naturalistes de la région s’adonnent à une séance de chasse aux papillons et d’identification d’oiseaux dans les sentiers du Camp Jouvence. On dénombre alors près d’une quarantaine de cercles dans les Cantons-de-l’Est! (Photo La Tribune, 6 juillet 1963)

En 1963, les Jeunes naturalistes de la région s’adonnent à une séance de chasse aux papillons et d’identification d’oiseaux dans les sentiers du Camp Jouvence. On dénombre alors près d’une quarantaine de cercles dans les Cantons-de-l’Est! (Photo La Tribune, 6 juillet 1963)

Dans les Cantons-de-l’Est, et particulièrement à Sherbrooke, le mouvement prend rapidement racine. Un premier cercle est fondé au Séminaire Saint-Charles en 1938, suivi dès 1939 par un autre à l’Académie LaRocque.

Les élèves y collectionnent plantes, roches et insectes, et assistent à des conférences deux fois par mois. On y apprend à reconnaître son environnement… et à l’aimer.

Observer la nature, oui… la détruire, non! En 1940, lors d’une exposition tenue à l’Académie LaRocque, à Sherbrooke, on rappelle des règles très claires, relayées par les journaux: «Ne brûlez pas les fleurs! Ne passez pas sur le gazon! N’allumez pas de feu!». On est déjà en plein dans une forme précoce de conscience environnementale.

C’est au frère Marie-Victorin que l’on doit l’élan qui a conduit à la formation des premiers Cercles des jeunes naturalistes au tournant des années 1930. Son inventaire botanique de la vallée du Saint-Laurent, le célèbre Flore laurentienne, est publié en 1935. (Photo Collection privée Librairie La Talle, crédit photo Anne-Marie Laflamme)

C’est au frère Marie-Victorin que l’on doit l’élan qui a conduit à la formation des premiers Cercles des jeunes naturalistes au tournant des années 1930. Son inventaire botanique de la vallée du Saint-Laurent, le célèbre Flore laurentienne, est publié en 1935. (Photo Collection privée Librairie La Talle, crédit photo Anne-Marie Laflamme)

Car au-delà de la science, il y a aussi une dimension morale… et même spirituelle. À l’époque, on souhaite favoriser l’édification religieuse «par la constatation des œuvres du Créateur». Dans les années 1950, plus de 95% des cercles sont d’ailleurs encadrés par des communautés religieuses. La nature devient à la fois un terrain d’apprentissage et un lieu d’émerveillement.

En 1956, pour souligner le 25e anniversaire du mouvement, l’école Sainte-Famille organise une exposition. Les enfants y présentent la flore des Cantons-de-l’Est et des échantillons de minerais. Imaginez les tables remplies de feuilles séchées, de pierres soigneusement étiquetées… et de jeunes passionnés prêts à expliquer leurs trouvailles!

«Vous n’avez jamais fait partie d’un CJN? Alors je ne suis pas sûre que vous connaissiez l’enthousiasme qui naît chez les jeunes qui découvrent comment est fait un brin d’herbe, un papillon, un caillou», peut-on lire dans cette brochure parue dans le cadre de l’Exposition régionale des Cercles des jeunes naturalistes en 1956. (Photo Fonds Jean Mercier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

«Vous n’avez jamais fait partie d’un CJN? Alors je ne suis pas sûre que vous connaissiez l’enthousiasme qui naît chez les jeunes qui découvrent comment est fait un brin d’herbe, un papillon, un caillou», peut-on lire dans cette brochure parue dans le cadre de l’Exposition régionale des Cercles des jeunes naturalistes en 1956. (Photo Fonds Jean Mercier, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Les activités ne se limitent pas aux salles de classe. Au centre de plein air Jouvence, on propose aux jeunes toute une gamme d’expériences: exploration, chasse aux plantes indigènes, baignade et même astronomie à la nuit tombée.

Une journée typique pouvait commencer par l’observation d’un insecte et se terminer sous les étoiles.

Alors oui, cher lecteur, vos souvenirs sont bien réels. Des générations d’enfants sherbrookois ont appris à différencier une feuille d’érable d’une feuille d’herbe à poux (!), à observer patiemment un insecte ou à distinguer les types de roches… parfois avec plus d’enthousiasme que de précision, il faut bien l’admettre. Et entre nous, si vos petits-enfants reviennent de leur promenade avec des poches pleines de cailloux et de feuilles… ne vous inquiétez pas: ils ne font que perpétuer une vieille tradition locale.

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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