Par M. Hist - Musée d'histoire de Sherbrooke

Ibbotson: la première pharmacie de Sherbrooke, au coin des rues Dufferin et Frontenac. Elle réunissait également d’autres commerces, dont un cordonnier. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Ibbotson: la première pharmacie de Sherbrooke, au coin des rues Dufferin et Frontenac. Elle réunissait également d’autres commerces, dont un cordonnier. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Bonjour M. Hist,

Depuis quand existe-t-il des pharmacies à Sherbrooke? Quelle est la plus ancienne en ville?

Nathalie

Chère Nathalie,

Une autre excellente question, décidément lectrices et lecteurs, vous vous dépassez dans des questions qui nous poussent à regarder nos racines!

Il ne faudrait pas croire que nos pharmacies contemporaines ont toujours existé. En réalité, les pourvoyeurs de médicaments ont connu toute une histoire. Depuis les apothicaires qui concoctaient des élixirs et onguents, il y a là toute une histoire qui commence bien avant l’avènement de ces magasins tels que nous les connaissons.

Concentrons-nous sur Sherbrooke. À ses débuts, notre jeune village n’a ni pharmacies ni hôpitaux. Les gens, pour soigner un mauvais rhume ou bien un genou éraflé, doivent alors souvent attendre le passage d’un médecin venu de Montréal ou de Trois-Rivières. Bien entendu, on pouvait tout de même trouver des médicaments vendus dans les magasins généraux. Comme leur nom l’indique, ces échoppes proposent toutes sortes de marchandises: de la nourriture, en passant par les matériaux de construction, tout y est. On peut même y acheter des meubles… et des remèdes.

Un bon exemple de publicité pour la pharmacie Mathieu. On peut y voir certains des produits que la pharmacie propose à la vente: médicaments, lunettes de vue… Mais aussi des sirops parfumés, d’un goût plus agréable que celui du sirop de goudron et d’huile de foie de morue qui sera proposé par Mathieu quelques années plus tard! (Photo Le progrès de l’Est, 4 juillet 1890)

Un bon exemple de publicité pour la pharmacie Mathieu. On peut y voir certains des produits que la pharmacie propose à la vente: médicaments, lunettes de vue… Mais aussi des sirops parfumés, d’un goût plus agréable que celui du sirop de goudron et d’huile de foie de morue qui sera proposé par Mathieu quelques années plus tard! (Photo Le progrès de l’Est, 4 juillet 1890)

Citons par exemple le marchand général William Brooks qui vend des articles pour l’attelage des chevaux, des souliers, des reliures de livres, mais aussi des médicaments… Justement, l’annuaire de l’époque le présente comme un «drug dealer»: un marchand de médicaments, bien sûr!

Quant aux pharmacies à proprement parler, il semble qu’elles commencent à voir le jour à Sherbrooke au milieu des années 1800, offrant une alternative plus rapide que d’espérer l’arrivée du médecin dans votre ville.

En 1904, deux ans après le décès du pharmacien J. L. Mathieu, messieurs Arthur Chevalier et P. H. Gendron acquièrent les brevets du sirop vendu par Mathieu dans sa pharmacie. Ils fondent la Compagnie J. L. Mathieu qui s’installe sur la rue Albert. L’entreprise y produit le fameux sirop à base d’huile de foie de morue. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

En 1904, deux ans après le décès du pharmacien J. L. Mathieu, messieurs Arthur Chevalier et P. H. Gendron acquièrent les brevets du sirop vendu par Mathieu dans sa pharmacie. Ils fondent la Compagnie J. L. Mathieu qui s’installe sur la rue Albert. L’entreprise y produit le fameux sirop à base d’huile de foie de morue. (Photo Fonds Frederick James Sangster, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Ces marchands offrent à la population la promesse de régler les petits tracas de toutes sortes sans avoir à passer par une consultation médicale. Les pharmacies finissent par pousser comme des champignons dans la deuxième moitié des années 1800.

D’ailleurs, la pharmacie Ibbotson sera l’une des premières pharmacies à proprement parler présentes dans la ville de Sherbrooke (1873). Installée au coin des rues Dufferin et Wellington (aujourd’hui Frontenac), les gens peuvent s’y procurer différentes pilules, sirops, baumes semblant pouvoir tout guérir miraculeusement! Voyez par exemple ce «tonique aux cerises des champs» supposé soigner divers maux d’estomac, la jaunisse, les problèmes de foie, les maux de tête, purifier le sang… et même plus! Un incendie majeur mettra à rude épreuve le commerce dès 1876.

Le fameux sirop Mathieu vendu par la pharmacie de J. L. Mathieu. Contre le rhume, la grippe, les bronchites, les maladies des voies respiratoires… Y avait-il quelque chose que ce sirop ne traitait pas? (Photo La Tribune, 13 janvier 1921)

Le fameux sirop Mathieu vendu par la pharmacie de J. L. Mathieu. Contre le rhume, la grippe, les bronchites, les maladies des voies respiratoires… Y avait-il quelque chose que ce sirop ne traitait pas? (Photo La Tribune, 13 janvier 1921)

Un peu moins d’une décennie plus tard, et de l’autre côté de la rue (site abritant aujourd’hui notamment le Sultan), la pharmacie Tuck mérite notre attention, tout comme la pharmacie et papeterie Ansell installée sensiblement au même endroit, ou encore la pharmacie Griffith, située sur la Wellington Nord.

La pharmacie Walton vendait des médicaments, certes… Mais aussi de la papeterie! Dans cette lettre, on annonce qu’il est désormais possible d’y obtenir des cartes d’affaires personnalisées à un prix défiant le marché montréalais. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

La pharmacie Walton vendait des médicaments, certes… Mais aussi de la papeterie! Dans cette lettre, on annonce qu’il est désormais possible d’y obtenir des cartes d’affaires personnalisées à un prix défiant le marché montréalais. (Photo Collection du Musée d’histoire de Sherbrooke)

Quant à la première grande pharmacie francophone, il s’agit probablement de celle de Joseph Louis Mathieu. Né en 1866 et mort prématurément en 1902, c’est cet homme qui a créé le célèbre sirop Mathieu dont certains se souviennent (et redoutent) peut-être encore. Après des études à Montréal, il établit un laboratoire sur la rue Albert à Sherbrooke et fait commerce de son nouveau sirop à base d’huile de foie de morue et de goudron dès 1892. Un sirop qui, selon les journaux de l’époque, avait supposément un «bon goût»… Malheureusement pour J. L. Mathieu, son sirop et ses pilules deviendront populaires après sa mort, sous la gestion de son beau-frère Arthur Chevalier.

L’huile de sassafras que contenait cette bouteille vendue à la pharmacie Wellington était utilisée comme diurétique ou pour soulager les douleurs dues aux rhumatismes. Aujourd’hui reconnu comme cancérigène, le sassafras est en outre un précurseur dans la synthèse de la MDMA (ecstasy)… Les remèdes ont bien changé! (Photo Fonds Paul Hébert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

L’huile de sassafras que contenait cette bouteille vendue à la pharmacie Wellington était utilisée comme diurétique ou pour soulager les douleurs dues aux rhumatismes. Aujourd’hui reconnu comme cancérigène, le sassafras est en outre un précurseur dans la synthèse de la MDMA (ecstasy)… Les remèdes ont bien changé! (Photo Fonds Paul Hébert, Musée d’histoire de Sherbrooke)

Si aujourd’hui les pharmacies sont bien plus présentes dans le paysage urbain, il n’est pas aisé de retracer l’apparition du tout premier de ces commerces: un remède n’avait pas uniquement sa place en pharmacie, et les pharmacies vendaient une marchandise parfois très diversifiée.

Ces lieux ont toute une histoire, depuis les grands étals des magasins généraux jusqu’à ceux des «pharmacies escompte» qui apparaissent dans les années 1970. Une histoire qui a bien meilleur goût que certains sirops au foie de morue!

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    Cynthia Beaulne, La Tribune

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